Sam Guillerand / Nasty Samy (Culture, Entertainment, DIY)

Il y a deux mecs à Besançon dont je suis les activités depuis des années : Laur (Veglam) et Sam Guillerand qu’on retrouve aussi sous le pseudo Nasty Samy (likesunday.com résume bien ses nombreuses implications dans divers projets, mais je te ferai un topo quand même !) Du coup, je peux aujourd’hui dire que je trouve sacrément cool de les voir figurer sur mon blog après avoir passé beaucoup de temps sur les leurs !
J’ai découvert Nasty Samy via un Carnet de route retraçant un road-trip de six mois aux States sorti en 2012… Non, attends, la tournée de DUMBELL c’était en 2011… Bon, je ne pourrai pas précisément retrouver comment j’ai connu le mec. On s’est croisés l’an dernier lors du passage des GRANDE ROYALE à Bezak, j’ai du bafouiller deux, trois mots avant que Laur prenne le relais… Mais vu son parcours dans la scène, ça me paraissait un peu le personnage incontournable à aller interroger ! On s’est donc retrouvés à faire cette interview par Skype, un peu comme avec son podcast NOW IT’s DARK. Pour que tu cernes un peu le mec, il se décrit bien comme un « éternel teenager » et « forçat de la culture underground, indépendante et DIY ». Il est notamment guitariste / bassiste (dans des bands allant de la Surf music au Hardcore en passant par du Psychobilly… ETC!), mais aussi auteur de quelques bouquins assez rock’n roll, éditeur d’un fanzine, pigiste pour la presse nationale… D’ailleurs pour changer un peu de format, la deuxième partie de cette (longue) interview concerne plutôt ses activités, en pointant celles qui m’ont le plus plu mais de toute manière, comme il le dit si bien lui-même : « Tout est lié ! »

(Photo de couverture © Olivier Ducruix – http://www.guitarpart.fr/gimme-5-sam-guillerand-the-black-zombie-procession/ )

A kalvingrad usine
Live à l’Usine (Genève) © Luc Naville – BNB Photograpie

(Skype du lundi 14 mai 2018)

Donc la première partie on va vraiment centrer sur les anecdotes de tournée… On a cas commencer par ta toute première tournée, c’était quand ?

Alors, il faudrait qu’on définisse vraiment ce qu’est « une tournée »… mais le premier enchaînement de deux, trois ou quatre dates d’affilée, ça doit se passer en 1997, la première fois que je suis parti hors de ma région pour jouer, avec un groupe qui s’appelait UNDULY. C’était un power trio, avec une nana à la basse, un truc un peu Hard-Core, Emo Core, mélodique mais avec un chant hurlé, une formule musicale un peu débridée, on n’avait pas vraiment encore trouvé notre trip musical, c’était assez explosé. On était partis du côté de Metz et Châlons-en-Champagne si je me souviens bien… pour nous c’était déjà loin (rires). C’est également la première fois qu’on louait un van pour se déplacer ! Les concerts locaux ne nécessitaient pas ce genre de moyen de locomotion, on y allait en voiture, avec le matos dans le coffre et sur les sièges. Avant ça, je n’avais fait que des concerts dans des bleds du coin avec mes premiers groupes. J’ai joué mon premier concert en 1995. Qui dit tournée dit organisation, ce n’est pas juste poser son cul dans un van… donc forcément, tu fais toutes les erreurs possibles et inimaginables au début (rires). Tu anticipes que dalle, et tu subis un peu ton manque d’expérience. Donc, moi, mes premiers souvenirs liés aux premières fois que j’ai bougé de ma région avec un groupe dans lequel je jouais, c’était ça quoi… Les aspects logistiques qui posaient plein de problèmes, et bien sûr, à chaque fois on ne s’en rendait compte que sur la route, au dernier moment. Mais voilà, pour ce baptême du feu, ça s’était plutôt pas mal passé, rien de fou à noter… Après ce groupe, c’est devenu beaucoup plus sérieux, notamment avec SECOND RATE, un groupe de Punk Rock mélodique, à partir de 98′. On a beaucoup tourné et mes premiers « gros » souvenirs de tournée, c’est plutôt avec ce groupe que je les ai du coup. Partir un gros week-end, une semaine, dix jours, quinze jours, vingt jours… D’abord en France puis à l’étranger. Ça s’est enchaîné naturellement et c’est avec cette expérience de groupe -SECOND RATE- que ça commence à être intéressant, fun et… heu…  vraiment exotique, quoi !

Et tu as fait zicos de session sur des groupes comme DUMBELL, comment ça s’était monté ?

DUMBELL, c’est beaucoup plus récent, aux alentours de 2011. En fait je jouais déjà avec SIMON CHAINSAW, un australien qui tournait en Europe avec une section rythmique européenne, dont j’ai fait partie -à la basse sur trois tournées et j’ai joué de la guitare sur une tournée-. Je bossais pour un magazine, j’avais du chroniquer un de ses derniers albums… je ne sais plus exactement comment ça s’est passé, mais en tout cas j’étais en contact avec lui par ce biais. Il savait aussi que je jouais dans des groupes, que j’organisais des concerts… Et il m’a dit « Je cherche un guitariste pour la prochaine tournée, ça te branche ? » – « Ouais, ok ! ». Donc avec lui j’ai fait quatre ou cinq tournées étalées sur trois ou quatre ans. On avait rencontré DUMBELL sur la route, on avait partagé l’affiche un soir. J’avais discuté avec les mecs… Je passais pas mal de temps à l’époque aux Etats-Unis parce que mon ex-femme était américaine, donc on avait parlé des Etats-Unis, des groupes de là-bas, de certaines villes que j’avais visité, etc. C’était un groupe qu’était au départ basé à Minneapolis je crois, mais le chanteur guitariste a habité pendant quelques années en Allemagne. Tout le monde croyait que c’était un groupe allemand mais leurs bases étaient profondément américaines -les deux guitaristes étaient ricains-. Et donc on a pris nos contacts de cette façon. Quelques mois plus tard j’ai reçu un e-mail de Paul Smith, le chanteur guitariste, qui me disait qu’il était en pleine tournée mais qu’ils avaient une galère de bassiste, qu’ils s’étaient pris la tête avec lui et que le mec avait dégagé. C’était un groupe qui tournait beaucoup, quasi toute l’année sur la route, donc les line-up allaient et venaient, quoi. Il m’a demandé si je pouvais être six ou sept jours plus tard en Allemagne de l’Est (rires) pour les rejoindre au poste de bassiste pour finir la tournée. Quand il m’a contacté, j’étais en Russie… En concert à Saint-Pétersbourg et à Moscou pour une dizaine de jours, on avait fait un truc acoustique avec mon ex-femme. Donc j’avais grosso-modo un jour pour prendre ma décision et cinq jours pour apprendre le set, rentrer chez moi en France et repartir du côté de Leipzig en train ! J’ai accepté, mais c’était une galère sans nom… sachant qu’il fallait que j’apprenne un set de vingt morceaux à la basse, mais comme j’étais en Russie je n’avais que ma guitare… Du coup je n’ai eu que quelques jours pour apprendre tout le set et traverser l’Allemagne. Je n’avais pas de téléphone portable -à l’étranger- à l’époque, donc j’avais dit aux mecs « Je veux bien me pointer au lieu du rendez-vous que vous me donnez, mais il faut vraiment que vous veniez me chercher sur le quai de la gare parce que je serai tout seul, sans téléphone, sans thune, avec juste une basse et un sac à dos. » (rires)

… Mais il était confiant !

Oui, tu fais bien de le préciser…  Lui me faisait confiance dans le sens où il y avait encore une tournée à assurer derrière et moi je lui faisais confiance dans le sens où j’allais traverser l’Europe et je ne savais pas sur qui ou quoi j’allais tomber ! Mais le mec était là, à la gare, avec la meuf qui bookait les shows pour eux à l’époque. On est allés répéter pendant la soirée et le lendemain, on est partis en tournée avec EDDIE & THE HOT RODS, donc c’était des bonnes conditions. Directement j’ai ouvert dans une salle d’une capacité de 500 avec une grosse scène, j’avais des notes sur scène énormes à mes pieds, des panneaux pour toutes les structures de morceaux (rires) ! Du coup j’ai passé deux ans  avec eux et j’ai fait ma plus grosse tournée à leurs côtés, 36 concerts en 42 jours dans toute l’Europe, brutal !  J’ai également enregistré un disque avec eux… Et je continuais à jouer avec SIMON CHAINSAW en parallèle à la même période. Quatre ans de ma vie où j’avais plus ou moins mis mes propres groupes de côté, à quelques exceptions près ici et là… Avant ça, j’avais bien tourné avec un groupe de Surf-Music qui s’appelait HAWAII SAMURAI au début 2000’, ensuite avec HELLBATS, un groupe de Heavy Rock/Psychobilly. En 2005 j’ai fait un album avec eux et cinquante concerts dans l’année de la sortie du disque. J’ai joué dans LOST COWBOY HEROES aussi -que j’avais fondé en 2003 avec l’ex-bassiste de SECOND RATE-, un groupe qui mixait le Punk Rock mélodique, la Power Pop et le Rock australien des années 80’ ; Et puis dans plein d’autres trucs… Enfin voilà, j’ai joué dans une quinzaine de groupes au total, affiliés Rock/Punk Rock/Hardcore/Metal/Indé, et j’ai dû faire grosso-modo 1200 concerts, donc les souvenirs sont un peu flous quand tu me demandes des précisions sur mes premières tournées il y a vingt ans (rires). Mais, en tout cas, la route c’est un truc qui m’a beaucoup impacté à un niveau personnel, à plusieurs niveaux… J’ai l’habitude d’être régulièrement à droite à gauche, souvent en mouvement…

Ça va être quoi justement le côté que t’apprécies le plus sur la route ?

C’est ce côté-là, le mouvement. La liberté, la vraie, elle est là, pouvoir bouger ici et là quand on le veut. Se déplacer d’un point A à un point B, c’est vraiment ça que j’aime, plus que la scène… Les concerts, c’est toujours une bonne sensation et c’est vraiment bien, mais au bout d’un moment, c’est comme tout, ça devient routinier, même si paradoxalement aucun concert ne se ressemble. C’est toujours excitant, l’aspect live de la musique, mais c’est être tous les jours à un endroit différent qui me fait encore plus de sensations. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est cette espèce de fuite en avant, arriver dans une ville, en repartir, rouler, regarder par la fenêtre du van et rêvasser, me coucher tous les soirs dans un lit différent, prendre mon café tous les matins dans une cuisine différente, prendre ma douche dans une salle de bain différente chaque jour… la route, c’est tout ça, ça dépasse la simple cadre musical de morceaux joués sur scène chaque soir. La surprise de ne pas savoir sur quoi tu vas tomber d’un jour à l’autre en termes de lieux de concerts, d’hébergement, de public, de rencontres au stand de merch ou dans la salle, de fins de soirées…

Macon 2017 avec The Razorblades
DEMON VENDETTA,Mâcon, 2017, ft/ THE RAZORBLADES

En fait, il y a beaucoup de gens qui, en vieillissant, ou même depuis qu’ils sont sorti de leur cycle scolaire, ont cherché une voie plus ou moins imposée. Ce qu’on cherche dans cette société occidentale, c’est le « confort ». Mais moi, je n’ai jamais eu cette fibre là, mais alors vraiment jamais, même quand j’étais plus jeune. Je n’ai jamais voulu bosser dans une boîte, signer un CDI… Je pense que je suis un gros travailleur, au niveau de mes activités, mais je fuis vraiment ce truc-là. Les contrats de travail, le monde du travail, les vacances imposées, les réunions avec les collègues et tout ce que ça implique derrière comme la consommation, les emprunts, acheter un appart’ ou une maison, une bagnole de plus en plus grosse, des babioles, des écrans, des tablettes, des merdes, etc… Donc le truc du boulot qui te vampirise toute ton énergie et tous tes rêves, 5 jours / 7, 8h-17h, ça n’a jamais été mon truc. J’imagine que ça m’a poussé à faire les choses un peu différemment. J’ai 41 ans là, je fais de la musique, sors des disques et joue des concerts depuis plus de 20 ans,  mais  ça n’a jamais été une volonté précise et motivée en fait. A aucun moment je me suis dit « je vais tout faire pour être musicien et en vivre ». Tout s’est enchaîné, en suivant quelques choix hasardeux et stratégiques plus ou moins conscients, une étape après l’autre… Tu joues dans un groupe qui tourne de plus en plus, vend quelques disques, établit quelques contacts avec des labels, bref qui marche un peu avec un réseau qui se met en place… Il s’est avéré que je manageais, bookais et faisais les relations avec les labels pour tous les groupes dans lesquels j’ai joué, c’est toujours un aspect que j’ai géré, car personne d’autre voulait le faire. Donc contrairement à beaucoup de musiciens, quand un groupe s’arrête, je sais exactement quoi faire pour en remettre un autre sur pied et être à nouveau sur la route dans la foulée. Je me suis retrouvé à faire ça sans que ce soit forcément un rêve de môme. Pas du tout, même. Mais en tout cas, ça correspondait à ma vision de la vie, un truc flou, pas très défini, un peu en dehors des sentiers battus… Avant, il y a quelques années, je voyais une saison concerts après l’autre, grosso modo je savais ce que j’allais faire de janvier à décembre. Maintenant en vieillissant, c’est encore pire, je vois trimestre par trimestre ! Donc là, je sais ce que je vais faire dans les trois prochains mois, ensuite, je ne sais pas. Ça implique aussi que, financièrement, je ne sais pas ce que je vais faire dans trois mois… Je cumule ça avec des petits jobs et de la débrouille. Mais bon c’est comme ça et ça fonctionne pas plus mal que si j’avais passé ces 20 dernières années dans la même usine (rires) ! Et ce truc de bouger tout le temps, d’être en mouvement, ça te booste en fait ! Tu ne sais pas trop ce que tu vas faire, t’es tout le temps un peu en sursis, tu fais un truc en pensant à ce que tu pourrais faire ensuite pour retomber sur tes pattes, beaucoup d’idées et de projets, dont certains qui n’aboutissent jamais, mais ça avance, tu te dis « Putain, comment je vais payer le loyer dans quelques mois… » Bon, moi, je n’ai pas de gamins, je n’ai pas d’emprunts sur le dos, rien, je suis totalement libre, ça facilite le mouvement, c’est un choix de vie. Il y a des trucs auxquels je suis passé à côté, mais il y a aussi plein de trucs que j’ai pu faire et que je peux encore faire, qui n’aurait jamais été possible si j’avais eu une vie professionnelle « stable » et une vie de famille classique.  J’ai vraiment réussi à éviter les « pièges », enfin ce que moi j’appelle des « pièges » hein (rires), des trucs qui te font un peu flipper et qui te poussent à aller bosser et à rentrer coûte que coûte 1500 balles par mois parce que c’est une obligation, c’est du domaine de la survie ! Mais moi, je n’ai pas besoin de ça, je vis chichement, je bricole, j’ai été marié mais je ne le suis plus, personne n’attend sur moi, et j’attends sur pas grand monde… Voilà, parfois je me dis « Tiens, dans deux mois je vais partir aux Etats-Unis pendant un mois » et ça, à 40 ans il y a très peu de gens qui peuvent se permettre ce genre de move… juste se casser du jour au lendemain, ailleurs, pour respirer un peu.

C’est clair, entre les plannings, les thunes…

Oui, ça peut vite devenir compliqué, à tous les niveaux. Moi j’ai toujours fui ce genre de pression. Je n’ai pas de blé, mais je n’ai pas de problème de blé non plus. Je n’ai pas un gros standing, mais je ne manque de rien. Je n’aime que les livres, les films et les disques. Ça ne coûte pas cher, surtout d’occasion (rires) Et du coup, je peux booker des concerts un peu comme je veux, sans me soucier de vacances, de collègues, de périodes imposées… Je vis ma vie, quoi. On me branche sur un plan, généralement je dis oui, et je brode quelques dates autour. Grosso modo, je fais encore des saisons à plus ou moins cinquante concerts par an… Il y a quelques années  je dépassais quelques fois les cent concerts par an, si tu comptes les sessions studio et les répèts, ça veut dire que t’es barré toute l’année. Mais là, depuis quelques années, j’en fais moins, c’est suivant les groupes et leurs actualités. Il y a des plans que je ne fais plus, puis à mon âge ça devient difficile de trouver des mecs aussi disponibles que je le suis pour faire des trucs sérieusement…

Puis t’as pas mal de projets en production en même temps, peut-être même plus qu’avant, que ce soit avec l’écriture de bouquin ou de disque…

Ouais, mais comme je le dis souvent, ça fait partie du « job » en fait. Quand je dis que je refuse de « travailler », je suis quand même obligé de faire autre chose à côté bien sûr, donc je travaille pour la presse ici et là quand je le peux, j’écris, je publie des fanzines, des livres, je collabore à des revues et autres zines, et effectivement, je compose beaucoup pour pouvoir sortir des albums assez régulièrement. Qui dit « albums » dit « concerts » et « tournées »  derrière…  Donc mon truc, ce n’est pas la musique en fait… Je dirais que MES trucs, ce sont à la fois le podcast, le fanzine, les livres, les disques, bref c’est un ensemble qui tient à peu près debout quand tout est aligné. Mais si je retire un truc, il y a tout qui se casse la gueule en fait, tu vois ce que je veux dire ? J’arrive à vendre du merch correctement parce que je suis sur la route régulièrement et que je produis suffisamment de trucs pour que ça vive un peu et que tous les soirs, lors de mes concerts, j’ai une table avec des trucs à vendre dessus. Mais tout est lié : si je n’avais qu’un seul groupe, je ne pourrai pas subvenir à mes besoins comme je peux le faire sur certaines périodes avec tout mon bordel. Comme je l’ai dit, j’ai environ 1200 concerts à mon actif, mais je n’ai jamais été intermittent du spectacle. C’est la grosse bizarrerie de ma position. Il y a des mecs qui pensent que je le suis parce qu’ils me voient tout le temps sur la route avec des groupes différents, mais en fait non, ça ne m’a jamais branché, ça impliquait d’autres trucs derrière auxquels je n’avais pas envie de me plier. Mais voilà, pour moi la route c’est globalement toujours un plaisir à passé 40 piges, après 20 ans de mini-galères ici et là, d’histoires, de remplissage de vie. Dormir à l’hôtel ou chez l’habitant, arriver dans des villes, des villages, des coins paumés, des énormes villes, des festivals, des bars pourris, etc. Ca forme un gros truc bien vivant au final. Il y a des villes situées à 800 km de chez moi dans lesquelles  j’ai joué au moins douze fois, et ce dans tous les lieux de concerts disponibles… souvent plus que certains groupes locaux issus de ces coins ! (rires)

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C’est quoi justement le pays ou la ville la plus éloignée où tu as été jouer ?

Jouer un concert ? Parce que je suis allé enregistrer deux disques aux Etats-Unis -un album et un 45t- donc clairement, là, c’est le plus loin. En terme de concerts, je pense que c’est la Russie, faudrait voir à combien se situe exactement  Moscou et Saint-Pétersbourg de Besançon. Pour le reste,  j’ai fait quasiment tous les pays européens, sauf les scandinaves, j’ai joué au Danemark mais je ne suis pas monté plus haut. Il en a été questions une fois, mais ça ne s’est jamais concrétisé… même si j’ai tourné à deux occasions avec des groupes suédois en Europe -à l’époque où je jouais dans HAWAII SAMURAI-.

Pas eu de soucis pour entrer en Russie ?

Non, on y est allés en avion. C’était pour une formule acoustique en fait, en trio, donc on n’avait que deux guitares, peu d’affaires et très peu de merch. C’est un pote français, installé là-bas, qui avait monté ces dix dates. On n’a pas eu de problèmes… C’est un pays que je ne connaissais pas du tout, là on n’est clairement plus dans le délire occidental ! Les codes et les gens sont très différents, à aucun moment tu rentres dans un magasin ou un bar et t’entends une note de guitare … Vraiment, vraiment chelou, la mode vestimentaire, ce que les gens te renvoient…  La Russie, au départ, c’est pas vraiment un pays qui m’intéresse… Mes intérêts sont vraiment centrés sur la culture occidentale en règle générale. Mais c’était intéressant. Est-ce que j’y retournerai ? Je ne sais pas. Après on m’a branché pour aller jouer au Brésil, idem, je fais toujours attention aux conditions. Si je bossais vraiment à côté et que tout ça était un hobby, je pense que j’irais pour passer du bon temps, mais là, c’est différent. Il faut payer les billets d’avion, même si là-bas tout est pris en charge, mais pour une semaine de gigs, je ne sais pas… C’est moi qui budgétise toutes les tournées, je sais vraiment ce qui rentre, ce qui sort, et sur ce côté-là je suis intransigeant, je ne peux pas me permettre de perdre du blé, car je n’en ai pas.

D’acc. Et l’endroit le plus perdu où tu aies joué ?

Ouais, il y en a ! T’as pas besoin d’aller bien loin pour aller dans un endroit super perdu, hein, surtout en France (rires) J’ai la chance d’être situé dans une région géographique assez stratégique, je peux être rapidement en Allemagne, en Suisse… A 2h30 de Lyon, 3h de Strasbourg, 4h30 de Paname… Bon, très loin de l’Espagne, mais c’est pas un pays où j’adore tourner non plus, donc … Un « coin perdu », la question est trop large, je ne peux pas te dire, parfois on joue à 150 km de Besançon et j’ai l’impression d’être dans un endroit vraaaaiment… perdu ! (rires)

Bah de toute façon en France, je le vois en faisant mes recherches pour du booking, on a l’impression que la majorité des gigs se passent plutôt dans des bleds paumés ou dont on ne sait pas spécialement où ça se trouve quand on en entend parler !

Ouais et ça a toujours été le cas ! Et surtout en ce qui concerne les festivals, ce que j’appelle « les festivals de cambrousse », avec des noms de bleds et de festivals pas possible ! Après, dans tous les pays il y a des endroits perdus, où tu te dis « Mais merde, c’est là qu’on joue ce soir ?!  Mais c’est pas possible, il n’y a personne qui venir là ! » Et en fait, le soir même, tu as toujours 60, 80, 100 personnes qui viennent passer du bon temps. Tant qu’on reste dans un schéma occidental, honnêtement, je ne suis jamais très surpris par ce qu’il peut arriver. Après, il m’est arrivé tellement de trucs bizarres en tournée qu’il m’en faut beaucoup pour que je sois surpris (rires) ! Par contre, aller tourner dans des pays asiatiques, hors Japon, ça doit être très différent j’imagine. Déjà, quand tu arrives quelque part et que tu ne peux lire l’anglais nulle part, tu sais que ça va être compliqué. C’était le cas en Russie. Quand tu rentres dans un resto, ou ne serait-ce que sur la route avec les panneaux de signalisation, les indications en ville etc., et que ce n’est même pas traduit en anglais… Chaud. Le moindre truc de base, genre commander un café, va être ardu (rires)…  donc tu sais que la journée va être difficile quoi… (rires) Mais ouais du coup il y a des endroits perdus partout, par contre ce n’est pas forcément lié aux concerts les moins biens, des fois tu te dis « A quelle sauce je vais être mangé ce soir » et puis au final tout se passe nickel…

DV lesdeuxpiedsdanslafosse
DEMON VENDETTA © Thierry Loustauneau (Les deux pieds dans la fosse) https://www.facebook.com/Lesdeuxpiedsdanslafosse-149543278543646/

Ca peut limite avoir un côté « sauvage » car les mecs ne voient pas grand-chose dans l’année et du coup…

Ouais ! Et puis bon au départ, il ne faut pas oublier que tout ça, c’est une culture de divertissement! On est là, on joue,  pour que les gens boivent des canettes, qu’ils draguouillent un peu, qu’ils oublient leur taf et les côtés chiants de la vie quotidienne… C’est pas plus compliqué que ça ! Et à l’inverse tu vas te pointer dans des clubs ultra-référencés et plutôt mythiques, qui ont une histoire, et tu vas jouer sur une soirée lambda, un peu maussade, avec des gens blasés. Chaque concert a une histoire et de toute façon, quand tu poses ton cul dans un van, tu ne sais pas à quelle sauce tu vas être bouffé…  Et c’est finalement ça qui peut être très intéressant. Parfois ça peut être aussi très fatigant, mais au final, avec un peu de recul, voilà… Je jouais avec un mec, Ricky Rat, bah je pense que tu connais…

Ouais !

J’avais accompagné KEVIN K à un moment, en tant que roadie sur une tournée en Allemagne et dans les pays de l’Est, quand j’avais traduit son bouquin il y a une douzaine d’années. Ricky Rat jouait de la guitare pour lui et une de ses phrases types, qui m’avait bien marqué, c’était : « Mieux vaut un concert catastrophique où tout part en couille qu’une excellente journée au bureau ! »

(rires) C’est pas mal !

Mais c’est vraiment ça ! Si tu veux, le jour même tu te dis « Qu’est-ce que je fous dans ce van putain j’ai autre chose à foutre de ma vie … » Mais au final, non, parce que tu en tires toujours quelque chose et t’es tout le temps en train de te prouver des trucs, donc c’est vraiment ça : une journée merdique sur la route restera carrément mieux qu’une journée la plus peace au bureau, où les collègues sont cool et que tout se passe bien… Parce que le bureau c’est l’enfer tu vois, enfin pour moi ! Le monde du travail c’est l’enfer… (rires)

On commence à bien le comprendre ! Et une fois que t’étais dans ce van justement, est-ce qu’il y a eu des parcours complètement absurdes ? Dans ma dernière interview on m’a parlé de Montpellier > Edimbourg > retour dans le sud de la France…

Ouais, il y en a… Alors, moi, je gère tout le temps la partie Française et Suisse, parce que je connais les organisateurs et  les bons clubs. Je ne deale jamais avec les lieux en direct, je deale tout le temps avec des gens qui organisent dans le milieu. Par contre, effectivement sur le reste de l’Europe, avec les tourneurs ouais, ça peut être picaresque. Les tourneurs, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en fait ils ne veulent pas de jours off. Eux, ils n’en ont rien à foutre… S’il y a un plan ultra mal payé, voire même aux entrées, ils ont quand même 10-15% dessus. Donc  10-15% même de pas grand-chose, sur une tournée de trois semaines, ça fait toujours quelques dizaines d’euros en plus pour eux et ils en ont rien à foutre que tu te sois tapé des kilomètres qui ne servent à rien pour des concerts qui ne servent à rien ! Le fonctionnement peut être très bizarre, sur sept jours il y a quatre gigs qui payent pour toute la semaine et le reste des gigs, tu perds de l’argent ou tu n’en gagnes pas. C’est un peu comme ça que ça se passe. Mais ouais les tourneurs c’est ça, des situations où tu fais 300 km dans un sens pour revenir le lendemain dans l’autre, deux à trois fois par semaine… Oui ça, c’est typique de leur mode de fonctionnement, ils t’envoient au charbon.  Ils ne connaissent pas l’Europe par cœur non plus. Par exemple, prenons un tourneur allemand -car c’est souvent le cas- : quand ils calent des plans en France, ils ont l’impression que le pays est minuscule, ils sont à 1500 bornes et se disent « Ouais ok, Paris-machin c’est pas très loin, ça va le faire »… C’est pas loin, non mais attend, il y a 5h de route mec, 150 euros de frais, et la date suivante est à l’opposé ! Bon maintenant, je fais beaucoup plus attention et je vais beaucoup moins à l’étranger qu’avant en fait. En France, il y a encore moyen de faire les choses correctement même si c’est quand même difficile. On peut jouer dans des conditions correctes et les distances ne sont  pas trop extrêmes. De plus, je sors des zines, des livres, etc., et à l’étranger je ne peux bien entendu pas vendre ces trucs-là -vu que c’est écrit en français- alors qu’ici j’ai quand même un petit following qui s’intéresse à tout ça. Ça tire les choses vers le haut financièrement et plus globalement dans le reste des échanges. Si je vais à l’étranger, il faut que je sois sûr des conditions, que je joue en club avec un contact que je connais qui book la date… Bref, je n’y vais pas juste pour partir en week-end avec mes potes.

DV François Vézien photo
DEMON VENDETTA © François Vézien Photography – https://francoisvezienphotography.tumblr.com/

Et donc, même si on reste sur la France, est-ce qu’il y a des salles ou clubs où tu sais que, peu importe le groupe avec lequel tu vas jouer, t’auras plutôt un super accueil et une bonne ambiance ?

Oui et non. Après, moi, je joue dans plusieurs styles…  Je peux jouer dans un truc assez Punk Mélo/Grunge 90’s, la tournée d’après un truc Action Rock, ensuite un truc Surf/Rockabilly, puis Hardcore… Donc c’est plutôt selon les genres, je dirais. Il y a des clubs dans lesquels j’arrive et je me dis « Ah putain là j’ai joué avec DEMON VENDETTA et la soirée était mortelle, il y avait du people, tout le monde était ultra wild ! » Et je me pointe avec un autre groupe d’un autre genre et la soirée est supra-glauque ! (rires) Il n’y a pas de règles, tu vois ? J’ai arrêté de dire aux mecs avec qui je joue « Là, j’ai déjà joué, ça va le faire les gars ! » Et des fois, il y a une soirée, un truc qui se passe,  tout simplement, et tu ne peux pas l’expliquer. Il y a des lieux où j’ai joué six à huit fois et ce n’est jamais la même ambiance, ni le même type de public… Et pas le même organisateur !

Ouais jamais une garantie… 

Pour être honnête, chaque soir je n’attends rien… C’est la pure vérité. Je joue pour jouer et pour être en mouvement, ce qu’il y a devant moi, le public, c’est secondaire, je n’y fais plus gaffe. Les mecs avec qui je joue me demandent parfois avant le concert  « Tu crois qu’on va avoir du monde ? » Je n’ai jamais la réponse et je m’en fous complètement. Même s’il y a 20 poilus, on est là pour jouer, donc on va jouer (rires) Il se peut que le gig soit très bien, il se peut aussi qu’il soit nul à chier… Il n’y a pas de règle. Mon cerveau ne traite même plus ce genre d’infos, je suis dans une ville pour jouer, je joue, le lendemain je suis ailleurs. Une bonne soirée, ça tient à plusieurs choses, pas seulement à ce qu’on va jouer sur scène… c’est lié à la promo, la période de l’année, les groupes sur l’affiche, la qualité du club/bar, le temps qu’il fait, ce qu’il y a de proposé ailleurs dans la ville le soir même, etc. Il y a tellement de paramètres pour qu’un concert soit réussi en fait… C’est un peu déprimant à dire (rires).

Et un festival cool où tu aies joué ?

Alors déjà, moi je n’aime pas les festivals en tant que public, je n’y vais jamais !

Ah ouais ?!

Ouais, je déteste ça ! Pour moi c’est vraiment une espèce d’enclos où on met tous les gens qui se ressemblent un peu (rires)… Des gens qu’il faut subir toute la journée. C’est un peu terrifiant comme idée ! Mais ouais je vais voir beaucoup de concerts le reste de l’année, mais dans une configuration club / salle, ou café-concert même. En festival, il y a beaucoup trop d’informations pour que tu puisses toutes les digérer correctement. J’aime bien aller voir un concert dans un club où il y a 2 – 3 groupes maxi, comme ça tu rentres chez toi et t’as le temps d’y repenser. J’ai besoin de ça, tu vois, je n’aime pas la quantité et la saturation d’infos… ça me prend la tête. En festival le son est pourri, tu ne peux pas faire de balances… trop de paramètres ! J’en ai fait assez pour te dire que quand je vois « festival » sur la tournée c’est plutôt un point rouge pour moi. Mais autrement, j’ai joué dans des festivals sympas, ouais c’était bonne expérience, j’ai fait Les Eurockéennes deux fois, Le Printemps de Bourges c’était vraiment cool, j’ai fait l’XtremFest -coincé entre LES SHERIFF et GOJIRA, 23h30, bah c’était plutôt cool- et des festivals ici et là plus petits. Puis c’est beaucoup d’attente en tant que musicien, dans des conditions un peu roots, genre petite tente, bruyant parce que t’as les autres groupes qui jouent… Après quand je joue dans un club en ville je peux aller marcher, m’acheter des disques et des DVDs, me poser quelque part pour lire, ou discuter avec des potes venus pour l’occasion. Mais en festival tu ne peux pas faire ça, c’est impossible. Après, moi, je ne bois pas, je ne prends pas de drogues, je suis clean, je ne suis pas vraiment dans ce truc tu vois, cet espèce de mythe Rock’n’Roll… Donc je me fais vite chier, alors que j’aime bien travailler sur la route, écrire, écouter de la zique, voir même composer des idées sur une guitare… En festival, tu ne peux pas faire ça, tu attends, tu subis, avant et après le concert, c’est relou, c’est l’enfer sur terre quoi ! Tu arrives tôt, tu finis supra-tard et tout est compliqué ! (rires) Tu ne peux même pas faire un stand de merch digne de ce nom… Généralement, c’est cool parce que c’est correctement payé et qu’il y a du monde, mais tu es perdu dans la masse…  Les plus gros trucs que j’ai fait, c’est cool pour le CV, pour dire que je les ai fait… les Eurock’, c’est un des plus gros fests européens, quand t’envoies la sauce et que t’as des milliers de personnes devant toi,  ça fait plaisir ! Mais moi, ce n’est pas là que j’ai les plus grosses sensations.

Et tu dis que t’aimes bien faire un tour dans les disquaires quand tu joues dans les villes etc., est-ce que justement t’as des petits rituels en tournée, des choses que tu vas chercher dans chaque ville ?

Ouais parce que grosso modo, je ne m’intéresse qu’au cinéma, à la musique et à la littérature, le reste me laisse de marbre ! Mais vraiment… A tel point que sur la route, je ne fais pas de tourisme, on n’a pas le temps, je cherche les disquaires et les bonnes librairies, je vais ramener des DVDs et des disques. Après dans le van, généralement on est plusieurs dans ce cas de figure… Donc au final, il y a un truc qu’on fait tout le temps et qui met tout le monde d’accord, c’est aller au Cash Converter du coin et gratter dans les bacs à soldes (rires).

(rires) D’accord !

Ouais, niveau film il y a beaucoup de trucs et c’est pas cher… Grosso modo à Cash Converter, tu poses un billet de 20 ou 30 balles sur le comptoir et tu repars avec énormément de choses ! Même en disque, même si les différentes sections « rock » tendent à disparaître dans ces trucs-là , tu peux quand même trouver des trucs sympas et oubliés… Ouais c’est pas très pointu mais par exemple, je suis un énorme fan de Britpop, pop anglaise 80’s, et c’est des trucs que tu peux trouver facilement là-bas, ça n’intéresse plus grand monde, tu choppes des disques de PULP, STONES ROSES, SUEDE, OASIS, JAMES, HOUSE OF LOVE, etc… Ou des vieux trucs de Hard Rock de base, ou de Hip Hop 90’s… Et beaucoup, beaucoup de films de genre, d’horreur, de baston, de polar… Donc quand on roule et que l’on se rapproche de la ville, un des mecs dans le van rentre l’adresse du Cash Converter dans son phone et on fait la tournée de tous les trucs (rires). Après, les disquaires plus classique, vinyle, les rééditions, le marché récent / neuf, tout ça, bon j’aime bien mais c’est plus cher et puis c’est petit peu trop ancré dans ce qui se fait au niveau des modes… Les disquaires les plus réputés de chaque ville, j’y vais mais ce n’est pas là que je consomme le plus finalement, car ils sont tributaires de ce qui sort et ça je m’en tape un peu. Et autrement les bouquinistes… j’achète beaucoup de livres d’occasion et des BD de temps en temps.  Dans les villes j’aime bien marcher, donc souvent je me barre quand je peux, ce n’est pas toujours facile entre les balances, l’installation du matos, du merch, les horaires de repas imposés par les salles… Mais j’aime bien marcher tout seul dans les grandes villes en écoutant de la musique, ouais. Sinon, les rituels, il y en a des milliards… le rituel de préparation du sac, par exemple ! Il y a UNE règle en tournée, OK ?  Plus tu pars longtemps en tournée, plus ta valise doit être petite ! (rires) Et quand tu pars en week-end, t’as tout le temps un gros sac… Inexplicable !

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Tournée DEMON VENDETTA

Un trajet de l’enfer ? 35° pas de clim, ou -10° pas de chauffage…

Ouais il y a eu des trajets galères. Beaucoup. Il y a eu des trajets où tu pars avec un van, forcément tu n’as pas de pneus neige et t’es dans une région genre Chamonix, et après tu pars en Italie par le col machin, et sans pneu, je ne sais pas si tu vois, mais ça peut tourner au drame.

Ouais on m’en a parlé de celui-là (cf. l’interview avec Stéphane des DEAD SEXY INC.)

C’est l’enfer ! Tu ne peux plus reculer, plus avancer, t’es en altitude, tu flippes… C’est vraiment le film Le Salaire de la Peur (rires) ! J’ai failli avoir un truc bien grave aussi, je jouais dans un groupe avec lequel on faisait des reprises de BODY COUNT il y a quelques années… En fait on ne jouait pas très loin mais il s’avérait qu’on n’avait plus d’essuie-glaces sur l’autoroute, alors qu’il flottait à fond ! Donc on a dû s’arrêter, on a failli avoir un énorme accident sur l’autoroute et un big carambolage… On n’est pas passés loin, tout le monde a vraiment ultra flippé. Ça, c’était vraiment l’enfer… Et pour le coup on n’avait pas un gros trajet, genre seulement une heure de route… depuis, je fais toujours gaffe aux essuie-glaces, parce que pour deux petits bouts de plastiques en caoutchouc là…

Ca peut te pourrir un trajet ouais !

Ah, mais sans essuie-glaces en temps d’averse, ton van ne sert à rien, tout simplement ! Autrement il y a des longs trajets en toute fin de tournée, tu es pressé de rentrer chez toi, de passer à autre chose, tu te dis « Ça va le faire, on va rentrer après le gig ! »… Je me rappelle d’un retour de Copenhague et là c’est un bon 16h de route dans la gueule, avec le ferry et le van… et aussi pour rentrer du sud de l’Espagne, jusqu’à chez moi c’est 20h de route. On l’a fait, juste après un dernier concert d’une tournée. On s’est dit « Ouais on part, on se passera le volant il n’y a pas de soucis ! » Sauf que 20h… C’était juste atroce ! Cauchemar. Sinon des trajets de l’enfer liés aux accidents, ça m’est arrivé, j’ai cartonné mon van plusieurs fois dont une où c’était plutôt impressionnant ! Embouti, tu laisses ton van, les flics viennent, la dépanneuse parce que les deux caisses sont encastrées l’une dans l’autre, mais toi t’as tout le matos t’es en pleine tournée ! Galères d’assurances, etc. Donc, tu prends le matos, tu fais une chaîne à mettre ça dans quatre véhicules, le lendemain tu prends le métro avec les amplis, t’es à Paname, on te prête un van mais ça n’arrive pas, tu attends… ça, c’est plus que des trajets de l’enfer, c’est des journées de l’enfer ! Tu te dis « … Mais pourquoi je fais ça ? ». Puis t’arrives au concert le lendemain à la bourre, tu te branches, t’envoies la sauce et t’es content quoi, tu ne penses plus à tout ça ! Bon, après, faut aller chercher le van en fin de tournée, compte encore un jour supplémentaire pour y aller et le ramener, trouver un garagiste, etc. A pleurer.  Comme on le disait, tu montes dans le van, tu ne sais pas ce qui va t’arriver. C’est le principe de la tournée… Ce n’est pas juste jouer devant des gens qui apprécient plus ou moins les mêmes codes culturels que toi… C’est se faire violer la tête à chaque-minute-de-la-journée ! (rires)

Et déjà eu de la casse de van ou vol de matos ?

Alors j’en parlais avec un pote, on parlait d’un groupe qui s’est fait casser son van en Espagne, et je lui disais « Putain moi en 20 ans je ne me suis jamais fait braquer de van ! » alors là tu vois je touche du bois… On s’est déjà fait crever des pneus, on a eu des accidents, des véhicules qui ne veulent pas redémarrer alors que t’es à 2000 bornes de chez toi et que tout est fermé… Au niveau mécanique en tout cas j’ai tout eu ! Perdu le pot d’échappement, perdu une roue … perdu une roue ça c’est chaud (rires). Tu roules et t’as une roue qui se barre, merde ! Là il y a quand même un truc qui ne fonctionne pas ! Perdu un pot d’échappement, ça aussi c’est pas très agréable ! Pare-brise explosé, bon ça, ça peut arriver… Tout quoi ! D’ailleurs je n’ai plus de van, j’en ai eu un pendant 11 ans et le dernier c’était avec BLACK ZOMBIE PROCESSION. On jouait à Paris en fin de tournée en ouverture de Doyle des MISFITS et en rentrant, on s’arrête mettre de l’essence, et le van n’a jamais voulu repartir ! Donc t’es en fin de tournée, t’as un mec qui doit rentrer le soir… En plus on est tous dans des villes différentes, je joue avec des mecs qui sont à 300-400 km de chez moi, voire à l’autre bout de la France… En fin de tournée, il y a encore un jour qui se passe pour que chacun rentre chez soi, tu vois ? Donc là c’est l’enfer, tu te fais dépanner, et faut savoir que la compagnie d’assurance te refile une bagnole et pas un van… C’est un transporteur genre poids-lourd qui vient le chercher donc ça te coûte 1000 balles si t’arrives pas à te démerder autrement -ce que j’ai pu faire au final-… La fourrière ça aussi c’est sympa ! Le mec du club qui te dit « Non mais il n’y a aucun problème, garez-vous là ! » Tu redescends de l’appart le lendemain et il n’y a plus de van ! Le mec fait « Ah désolé… » et t’as envie de lui ouvrir la gorge avec ton couteau quoi ! (rires) Déjà en France c’est un super merdier ! Faut que tu passes chez les flics avant, faut que t’aies tes papiers… Mais à l’étranger c’est encore différent. Donc maintenant si tu veux, moi je ne crois plus personne hein, la route ça m’a vraiment endurci donc quand on me dit quelque chose, même si on me regarde bien droit dans les yeux, je ne le crois pas (rires) Non mais tu sais en fin de soirée, les mecs un peu wasted là qui me disent « Non mais je vais te montrer une bonne place et tout, t’inquiètes pas … » Déjà quand on me dit « T’inquiètes » à la fin d’une phrase, c’est là que je deviens super inquiet (rires)

Ouais, genre « … C’est louche ! »

Quatre personnes sur cinq parlent comme ça… « T’inquiètes pas ! » Je me méfie de quatre personnes sur cinq sur cette planète (rires) Après, dans les trucs marrants, à un moment donné on tournait en caisse avec une remorque…

(rires) OK !

Ouais, j’ai fait le tour de l’Europe comme ça en fait et ça ne paraît pas, mais c’est hyper bien en fait ! Non parce que quand on dit ça comme ça, ça paraît picaresque mais ça ne l’est pas tant que ça. Déjà en bagnole c’est super confort, après faut que ce soit un trio ou à quatre maximum. C’était à l’époque d’HAWAII, sur la fin, et on avait rencontré un groupe de rockabilly qui tournait comme ça, à l’ancienne, comme BUDDY HOLLY, GENE VINCENT ou EDDIE COCHRAN faisaient quoi, dans une caisse et le matos dans une remorque ! Mais quand je dis remorque c’est une belle remorque hein ! Comme les ricains !

Ha ! Parce que moi j’imaginais le petit truc carré, ouvert, rattaché à la bagnole !

Ouais c’est ça ! Mais c’est en dur tu peux mettre ton matos… Le seul truc qu’il faut anticiper, c’est dire que tu viens avec une remorque et qu’après le gig il faut que ce soit dans un endroit sécurisé. Après avec une remorque tu ne peux pas faire de marche arrière, ça faut le savoir aussi (rires) Mais autrement c’était cool ! Je me rappelle que ça nous coûtait 60€, que tu partes trois jours ou dix, c’est un forfait en fait, ils ne comptent pas les kilomètres ils s’en foutent ! Et j’aimerais bien revenir à une sorte de truc comme ça quoi, partir dans une caisse un peu confort, où tu peux écouter de la musique dans des bonnes conditions, qu’est bien chauffée… Et la remorque avait un côté sympa, t’arrives, ça intrigue les gens… (rires) Ça se fait pas mal au final dans le rockabilly, la surf music… Je trouvais qu’on revenait un peu aux sources, à comment les mecs dans les années 50’ tournaient, tu vois ?

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HAWAII SAMURAI

Ouais ça a l’air pas mal ! Allé une dernière sur les tournées… Les pires endroits où t’aies pu dormir ?

Il n’y a pas photo : dans des squats ! Je déteste les squats (rires). Même si je n’en ai pas fait tant que ça, mais le peu que j’ai fait, ça m’a pas trop donné envie de réitérer ce genre d’expériences. Dans un certains appartements en Espagne aussi, c’était gratiné, j’ai rarement vu plus dégueulasse… A se demander comment font les gens pour vivre dans un tel merdier. Après en tournant comme ça, ce qui est super intéressant, c’est qu’on dort souvent chez les gens donc t’arrives à voir grosso modo comment les gens vivent en Europe… Bon bah des fois, ça fait un peu flipper (rires).  Bon après, on m’offre le gîte donc je ne dis rien… Mais j’hallucine des fois sur l’état des appartements, la propreté, l’hygiène. Mais en Espagne, je te jure, j’ai vu des trucs que je ne souhaite pas à mon pire ennemi, au niveau de la dégueulasserie ambiante, des apparts vraiment cradingues. Il m’est même arrivé de préférer dormir dans le van mais je ne suis pas tout seul hein, en général on se casse tous quoi, il n’y a personne qui dit « Ouais c’est génial ! » (rires) Et en squats, les quelques fois que j’ai évolué dans ce genre de soirées, les mecs qu’organisent des concerts dans ces lieux sont très sympas, mais après, eux vont dormir chez eux dans des beaux apparts, bien chauffés, avec leur belle collection de disques, leur petit confort de punk middle-class aisé, bien peinard … (rires) Et il te disent « Bah tiens, vous vous dormez là ce soir » Et t’as trois couvertures dégueus, des poils de chien partout, des matelas qu’ont fait la guerre et il fait -5° dans la pièce… Sympas, les mecs ! (rires)

Avec 20 personnes qui ont dormi dedans avant toi ! (rires) Le chien aussi d’ailleurs…

Ouais et les gens qui ont fumé des clopes, de la beuh voire même du crack… J’ai tout vu ! Un peu bizarre leur délire. Parce que les mecs ont une espèce de vision super révolutionnaire de la société, ils prônent un « monde meilleur » et ce genre de trucs, c’est très bien sur le papier, mais eux ils font quoi… ? Enfin  je ne sais pas, mais je ne pourrais pas proposer à des mecs sur la route de dormir dans un local de 15m² ultra dégueu’, pas chauffé, pas aéré, etc.  Eux n’ont aucun blème à te foutre dedans en fin de soirée et à te souhaiter bonne nuit. Donc comment vouloir rêver d’une société meilleure avec ces keums…. Les mecs sont dans des locaux qu’ils n’arrivent même pas à « gérer » entre eux la plupart du temps. Donc, tout connement,  je me dis « Woaw, s’ils n’arrivent pas à gérer un local, comment espérer qu’ils gèrent un truc viable à plus grosse échelle… Le monde qu’ils veulent, ce n’est pas celui que je veux ! » Autrement, un truc que je refuse systématiquement quand je book des dates, c’est les apparts au-dessus des clubs : alerte rouge !

Il y en a un comme ça en Allemagne, sais plus si c’est le Sonic Ballroom…

Ouais le lieu est plutôt cool mais les nuits que t’y passes sont plutôt atroces parce qu’ils ferment ultra tard, qu’ils se couchent à 6h du matin et t’as l’impression de dormir … sur le dancefloor quoi ! (rires) Ultra bruyant, les mecs ne se rendent pas compte… Ou ils ne réfléchissent pas tout simplement que t’es fatigué et qu’il faut repartir le lendemain et en général assez tôt ! Mais si tu leur dis, tu passes pour un casse-burnes. Génial. Moi, habituellement  j’évite le bruit, les gens qui « font la fête » me dépriment (rires) Et puis ces putains d’appartements de clubs où t’as des milliards de groupes qui sont passés et ont marqué des trucs affligeants sur les murs, collés leur stickers de merde, c’est démoralisant (rires)… Quand je me lève le matin, c’est pas un environnement dans lequel j’ai envie d’être, voilà, c’est tout. J’aime bien dormir dans les apparts des mecs qui organisent la soirée car ça fait aussi partie de l’orga d’un show, je pense. Là, tu te lèves, il y a un mec qui te sert un café, tu peux glandouiller un peu dans son appart, regarder ses disques, ses livres, ses DVD… Tu te sens bien, quoi. On discute, il y a une vraie interaction, un échange, on est chez quelqu’un et on rentre dans son petit « univers ». Je refuse l’hôtel à chaque fois. Si on me le propose, je demande l’argent de la piaule et je dis que je me démerde. Un mec qui veut donner 150€ à Formule 1 ou B&B Hotels pour deux piaules, que ce soit à eux ou à moi, c’est pareil. Maintenant je connais beaucoup de gens sur la route, j’arrive toujours à me faire héberger dans de très bonnes conditions, chez des gens que je connais, que j’estime et pour qui j’ai le plus grand respect. La route est aussi le moyen de voir des gens que je ne vois pas souvent, donc les mecs sont contents de nous squatter, de passer la soirée avec nous après… Bref, il se passe un truc. Sachant que, je ne joue pas spécialement dans des groupes ultra « festifs », la plupart des mecs de mes groupes sont posés, j’ai été super wild jusqu’à 27, 28 ans mais bon, voilà c’est derrière. Je joue principalement avec des gens qui sont comme moi, sobres, qui n’en ont rien à foutre de tout le truc fantasmé autour du rock -la défonce, etc.-, des mecs qui jouent et qui voyagent pour d’autres raisons, pour expérimenter d’autres sensations. Prendre une murge pendant trois semaines non-stop sur la route, ça ne m’intéresse plus depuis bien longtemps (rires).

nasty promo pic

On va passer sur la deuxième partie plutôt centrée sur tes activités… On parle souvent de toi comme un mec touche-à-tout, mais t’avais commencé par quoi en premier, plutôt les chroniques ou la musique ?

La musique, mais je lisais déjà beaucoup de fanzines, énormément la presse, j’ai toujours aimé la littérature aussi, je m’intéressais beaucoup au cinéma. Depuis que j’ai 9 ou 10 ans, quoi. J’ai eu la chance d’avoir évolué dans un environnement plutôt favorable à tout ça. Mes parents étaient divorcés mais les deux avaient leurs petits univers distincts. Ma mère lisait énormément d’un côté, et mon père était à fond dans la musique, il écoutait des trucs supra-pointus pour l’époque de Rock, Pop anglaise. Il écoutait GUN CLUB, THE SMITHS, JESUS & MARY CHAIN, SONIC YOUTH, STONE ROSES, KILLING JOKE, quand ces trucs sortaient et explosaient dans les 80’s. Donc à 12 ans j’avais déjà une culture musicale dans ce délire-là. Parallèlement, de mon côté, avec mes potes du collège puis du bahut, j’écoutais beaucoup de Hard Rock, Metal, puis ensuite du Punk, du Hardcore, des trucs alternatifs, comme tous les mômes de cet âge-là à cette époque-là -début 90’-. Puis je gratouillais, je faisais un peu de musique avec des petits groupes, j’ai commencé la guitare à 15 ans. Mais tout était lié ! Comme je disais tout à l’heure, la musique pour la musique, j’en ai rien à foutre. Un bon morceau de Rock, ouais c’est cool, mais il m’en faut plus. Il faut que j’apprécie l’univers du groupe, ce qu’il y a autour….

Qu’il y ait vraiment un univers riche et construit quoi !

Ouais voilà ! Un bon groupe parce que les mecs ont fait deux singles monstrueux… Ça ne m’intéresse pas. Et généralement, quand je suis les groupes, je les suis sur toute leur carrière, même s’il y a des albums plus ou moins bien, je suis fidèle avec les groupes qui m’ont marqué. Je ne change pas de style tous les cinq ans, je suis quelqu’un de relativement constant. Un groupe que j’ai aimé quand j’étais ado je l’aime encore, même si je le remets dans son contexte bien sûr. Jamais je ne serai condescendant sur des trucs que j’écoutais à l’époque, qui m’ont construit et accompagné. Forcément à 40 piges, j’ai beaucoup plus de recul et de connaissances culturelles, mais un groupe qui m’a impacté quand j’étais môme, c’est respect jusqu’au bout, ça m’a apporté des trucs qui m’ont façonné et construit. Là, je dévie un petit peu, mais c’est juste pour dire que c’est tout ça que j’aimais et pas seulement quelques disques. Il y avait des ponts entre le cinéma d’horreur et le Death Metal, le Thrash, le Hard Rock, le Punk, la littérature, la BD… C’était le même univers, le même chant lexical, la même iconographie, le même délire et surtout, ça m’emmenait loin de ce quotidien pourri. Tout est lié, je lisais Mad Movies, Hard Force Mag, USA Magazine, Casus Belli, Rage Magazine… C’était pareil : l’évasion. Pour ce qui est des fanzines, j’ai commencé à creuser un peu plus tard,  quand je suis rentré en fac, quand je suis arrivé à la ville, à Besançon. Enfin ce qu’on appelle « la ville » chez moi quoi (rires) Il y avait des endroits où jouer, des concerts, des théâtres, des librairies et des bibliothèques. Puis j’ai commencé à m’intéresser aux fanzines parce que je viens d’un bled où il y a 5000 habitants… personne dans ces bleds-là ne faisaient des fanzines à l’époque ! J’ai publié mes premiers fanzines et newsletters aux alentours de 97’. Après j’ai eu accès à la presse nationale, on m’a branché pour écrire dans quelques magazines, des mecs qui lisaient mes articles dans les fanzines ou dans certains blogs ici et là au tout début des années 2000’ -parce que je me suis mis aussi à ce format-là à cette époque-. Ils cherchaient des mecs pour écrire sur la musique principalement, mais aussi sur la littérature, le cinéma, des trucs alternatifs… Même si je bosse de temps en temps dans la presse payée, donc  « professionnelle », j’édite encore des fanzines, dans le trip D.I.Y., amateur. Pour moi, ce sont deux choses complètement différentes. Donc pour répondre à ta question, en premier c’est surtout l’amour de tout ça, de la culture, du divertissement, qui m’a amené à faire ce que je fais. Le jour où j’arrêterai la musique, de composer, d’enregistrer et de jouer live, je pense que je continuerai d’écrire, et de publier des trucs… même si tout à un lien, comme je l’ai dit.

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Et la vidéo tu n’as jamais voulu t’y coller ?

Non pas du tout non ! On me pose souvent la question parce que je suis vraiment branché ciné, mais non…  C’est un métier, on ne s’improvise pas réal’ ou je ne sais quoi. Il y a des choses à savoir que j’ignore et puis ce n’est pas un univers que j’aime particulièrement. Ça ne m’a jamais attiré, moi j’aime vraiment le truc écrit, quoi. Je regarde des films pour me divertir, ou pour partir loin… Mais j’ai pas envie spécialement de me pencher sur l’aspect technique de cette discipline. Pas du tout. Je préfère les livres, clairement.

Et pour rester sur le côté vidéo, tu as une activité, le Sinister Ciné-Club, où tu organises des projections de films d’horreur, mais pas que ! Des documentaires… Comment ça s’est monté cette collabo, tu es allé voir un cinéma au pif ou c’est eux qui sont venus vers toi ?

Comme pour la presse ou pour la musique, à chaque fois ce sont les gens qui viennent vers moi. Le boss d’un ciné de Besançon, que je connaissais déjà, m’a contacté, il savait ce que je faisais et proposais via mes zines et podcasts et il m’a proposé de gérer ce créneau. J’ai contacté deux potes proches, des musiciens aussi, et on a réfléchit à ce qu’on pouvait proposer. Donc voilà, on est trois mecs issus de la même génération, tous issus du milieu musical « alternatif » et passionnés de cinéma. On a des goûts similaires… Notre but c’était de remettre des films qu’on ne voyaient plus sur toile, des films qu’on a vu à l’époque, dans les années 80’, 90’. Des films qu’on a adoré, qui nous ont façonné, construit et qui ont impacté notre génération, mais qu’on avait vu pour la plupart en VHS, en  VF… Et qu’on n’a pas vu au cinéma en fait ! Donc des films d’horreurs et de genre, mais pas que, il y a aussi de la vieille SF et des trucs un peu plus calibrés, ça part de Shining, Predator, Rocky … A des soirées splatter-gore, Dario Argento, quelques documentaires, Hennenlotter… Bref c’est plutôt large. Et des trucs plus classiques, on a fait un film de Clint Eastwood, on a fait venir Jean-Baptiste Thoret pour qu’il nous présente son documentaire We blew it, etc. En fait, on veut représenter une idée du cinéma qui n’était pas forcément représentée à Besançon, lier le côté ciné-club pointu et culture populaire des années 80’, 90’. Il y a quelques ciné-club dans la ville mais qui concernent des trucs un peu plus « intellectuels », estampillés « Art & essai »,  que j’aime aussi d’ailleurs… Mais on voulait faire un autre truc. L’autre but était de ramener dans un cinéma des gens qui n’ont plus forcément l’habitude d’y aller.

Oui il y a un prix de la place qui est assez abordable !

Ouais c’est 5€, c’est le mercredi soir à 20h et il n’y a rien d’autre en face ou pas grand-chose… Des fois ça fonctionne bien, d’autres moins, on s’en fout, nous on propose un truc… Les gens sont très, très contents de revoir leurs classiques dans des bonnes conditions ! On a des copies restaurées et en version originale, on fait toujours une petite présentation de base, il y a de la musique en fond, c’est bon esprit et bon enfant ! Bref, pour moi, c’est l’idée du cinéma sur grand écran telle que je l’aime. C’est ce que les gens ont un peu perdu, maintenant ils matent des séries sur un laptop, voire même un téléphone portable, je ne comprends plus… On a perdu le fil je crois. Voir un film c’est comme voir un groupe : soit tu choisis de mater un clip ou un live sur Youtube, soit tu te décides à monter dans ta caisse pour aller en vrai au concert… ce sont deux expériences complètement différentes. Expérimenter un film, c’est ça, c’est le voir sur une grande toile, dans l’obscurité et ne penser à rien d’autre, être isolé, complètement immergé dans le truc. Donc voilà, ça se passe plutôt pas mal, on vient de faire il y a quelques jours une soirée Hellraiser.  Le 1, qui est un de mes films préférés au monde, et le 2, qui est plus anecdotique mais qui nous remet bien dans le trip de la fin des 80’s. Le double programme, c’est un truc qui ne se fait plus assez, c’est dommage, l’idée la « soirée » ciné est cool… Ça aère un peu la tronche.

141020-Sam-Guillerand_guyon_francois_meghane_schevenement_small pour Tale of Two cities

Ces derniers temps tu travailles sur ton premier album solo, basé sur des covers sur lesquelles tu vas tout faire, avec une quinzaine d’invités au chant… Est-ce que tu peux en dire un peu plus là-dessus ?

Alors c’est un truc, je me suis tout le temps dit « Quand t’auras 40 ans, tu vas enregistrer un disque de reprises », qui est un exercice de style que j’aime bien, qui se fait dans le rock depuis la nuit des temps, pour un hommage, un tribute aux groupes que t’as aimé et aux chansons… Vu le rapport que j’ai avec la musique qui est vraiment très fort -je ne suis pas un mélomane hein mais j’ai un truc un peu spleenien- j’ai des morceaux qui me rappellent vraiment des gens, des filles, des mecs, des périodes… Mon rapport à la musique c’est ça en fait. Chaque morceau a une histoire et dans ma vie il y a quelques morceaux qui ont une grosse histoire, voilà, ce n’est même pas forcément des groupes que j’écoute encore là ou des morceaux que je mets dix fois par jour…

On en revient à un univers qui va être collé à un morceau…

Exactement ! Ca me ramène dans le passé… Mais c’est comme les films et la littérature, c’est avoir prise avec ton passé, ce qui t’a construit. Donc je m’étais dit qu’à 40 ans ce serait bien de faire un bilan, parce que tout ça va se terminer, ça devient très difficile, le business de la musique a explosé, pour la presse il n’y a plus de blé, le cinéma comme je l’aime non plus, et moi tout ça, c’est ce qui m’intéresse, c’est ce que je sais faire, ce dans quoi j’évolue… Mais on touche bientôt le fond je pense. Je sais qu’à un moment donné je vais être obligé de faire autre chose, quoi exactement je n’en sais rien, comme je ne sais pas faire grand-chose (rires). Donc, ce disque, c’est un peu comme un bilan, tu vois ? J’ai dix-neuf morceaux de côté, je travaille encore dessus en ce moment, il reste pas mal de trucs à faire en studio, je ne sais pas encore comment je vais sortir ce disque, mais soit je le fais sur deux disques différents, soit je prends les dix ou douze meilleurs trucs, j’en sais rien… D’ailleurs, j’aimerais faire plus qu’un disque, parce qu’en 2018 sortir juste un CD comme ça, ça n’a plus grand intérêt je pense. J’aimerais faire un tout petit livre, comme une brochure en annexe à chaque morceau quoi, ce que ça m’évoque ou ce que j’ai vécu sur ce morceau… Comme une petite nouvelle, courte, mais explicite et référencée.

Et alors on peut avoir en exclu quelques morceaux qu’on retrouvera et quelques invités ?

Ouais, ça part un peu dans tous les sens… Alors j’ai viré tout le côté hardcore / metal, je me suis vraiment attaché plus à l’aspect songwriting, plus rock quoi. Donc j’ai un morceau de LEMONHEADS, un de GUNCLUB, de SPRINGSTEEN, de UNCLE TUPELO, de SUPERSUCKERS, de SAMHAIN, un de DRAMARAMA, de THERAPY?, de TUMBLEWEED -un groupe australien- un de AGENT ORANGE, de PEGBOY, de JAWBREAKER, de MORRISSEY, de HARD ONS et de quelques autres trucs. Vraiment des chansons où les lyrics sont cool et où tout a un sens ! Je veux les jouer comme elles sont, je ne veux pas les réinterpréter ou quoi que ce soit, mais j’ai juste eu envie que ce soit un skeud que tu mettes et que ce soit que des supers morceaux avec un mood un peu mélancolique. Et donc, j’ai invité un chanteur par morceau. J’ai contacté des nanas et des mecs, des voix que j’aime bien, des gens que j’aime bien, qui font les choses dans le bon sens et puis voilà, on verra ! Là toutes les batteries sont enregistrées depuis quelques mois mais je n’ai pas encore eu le temps d’enregistrer les guitares et les basses. Je me suis enquillé pas loin de 35 concerts ces trois derniers mois donc je n’ai pas été beaucoup chez moi ces derniers temps. Et puis il y a eu la sortie du livre (ndlr : « Enjoy the Violence », ‘Une histoire orale des origines de la scène Thrash et Death en France’, co-écrit avec Jérémie Grima), les premières dates de PRISON LIFE, je suis aussi reparti sur la route avec DEMON VENDETTA… Mais ça va se faire cet été, comme la période estivale est toujours une période un peu plus calme. J’ai aussi les guitares à faire du nouvel album de DEMON VENDETTA. Et faudrait aussi que je me remette à l’écriture, j’ai un zine qui est déjà bien avancé, j’aimerais le sortir avant la fin de l’année… je ne sais pas où je vais passer mon été, mais j’ai envie d’être tranquille, posé, histoire de pouvoir avancer sur tout ce qui est en cours.

dv adc
Split DEMON VENDETTA / ARNO DE CEA

T’animes aussi un podcast, NOW IT’S DARK, où on retrouve pas mal de chroniques que tu fais par Skype avec un mec, c’est qui ton acolyte avec qui tu enregistres ça et comment est venue l’idée de ce format ?

Alors mon pote c’est Elie Bats, le dernier chanteur en date de mon groupe THE BLACK ZOMBIE PROCESSION, le mec qui a fondé HELLBATS, groupe qui a bien tourné dans la scène Psychobilly / Horror Rock, il a à peu près mon âge, on est de la même génération. On partage vraiment pas mal de choses au niveau culturel, le cinéma, la musique, la BD, il aime bien aller aux concerts aussi… il le co-anime ce podcast depuis 6 ans environ mais c’est un podcast qui existe depuis 11 ans déjà.

Ah d’accord ! Je n’avais pas vu…

Ce support-là, c’est-à-dire enregistrer un truc chez soi et le balancer sur le net, dans nos sphères culturelles et réseaux, je pense que je suis un des premiers à l’avoir fait en France. En fait j’ai repris le gimmick d’un podcast ricain, grosso modo c’était deux potes qui s’appelaient et ils enregistraient leur conversation, les mecs en général picolaient et ça partait en sucette (rires).  Ca me faisait marrer et ça partait dans tous-les-sens ! Mais en même temps, tu sentais que les mecs étaient hyper à l’aise, habitués à parler et à échanger leurs avis. Donc je m’étais dit que j’allais utiliser cette idée… Et c’est ce que j’ai fait ! Appeler un pote, et enregistrer la conversation. Sauf que, bien-sûr, on prépare un peu. On n’avait pas envie d’aller dans un studio pour enregistrer, se faire chier à faire une émission radio, ce n’était pas le but car justement, ce n’est pas une émission radio ! Un podcast, c’est aux émissions radio ce qu’un fanzine est à la presse, il doit vraiment y avoir un truc très singulier, très personnel, un ton et une façon de faire très particulière. Après, voilà, les gens qui ne sont pas dans le délire doivent un peu halluciner, la qualité du son déjà, c’est un peu wild… Mais en tout cas on a un  bon following et quand je suis sur la route il n’y a pas un soir, au stand de merch, où l’on ne me parle pas de mon podcast ! Et puis les gens ont l’impression d’être dans notre piaule et da partager un moment avec nous. Là j’ai un peu mis ça de côté parce que j’avais plus le temps, c’est une préparation beaucoup plus longue à faire que ça en a l’air, même si c’est assez wild c’est quand même une soirée voire deux de préparation, parce qu’il y a quand même de l’édition à faire, faut mettre ça sur podomatic, savoir ce qu’on va passer, glaner les informations… J’espère en faire une avant l’été mais là on en retrouvera que quelques-unes sur l’année, alors qu’avant on en faisait une par mois. Et je l’ai fait dans tous les appartements où j’ai été, même à l’étranger, je me rappelle avoir enregistré des émissions quand j’étais dans les aéroports aux Etats-Unis, sur la route dans mon van tout seul, j’avais scotché le micro sur le volant… J’en ai fait une dans un parc national des Etats-Unis genre à 2000m d’altitude… Il y a un côté un peu « Ushuaïa » de la culture disque des fois ! (rires)

Pas mal, pas mal ! Format assez intéressant en tout cas.

Qu’a d’ailleurs vachement explosé en France depuis ces dix dernières années, mais souvent il y a encore trop ce côté un peu « radio », un peu comme certains fanzines où les mecs veulent trop ressembler à un magazine… Mais ce n’est pas l’intérêt ! Un fanzine ou un podcast, c’est un peu comme si tu ouvrais la porte de ta piaule, les mecs qui te lisent ou t’écoutent rentrent chez toi quoi, ils voient ton univers, ils t’entendent parler, ils sentent comme tu es vraiment, avec ton propre ton, ton accent, tes prises de position, tes avis tranchés… Il y a forcément des côtés où tu peux agacer les gens, mais d’autres où tu les fais rire et ou tu leur apprends un truc, ou tu leur donnes simplement envie de se pencher sur tel ou tel truc ! Des podcasts, j’en ai pas mal écouté et j’ai pris pas mal d’idées à droite et à gauche, idem au niveau de mon fanzine, j’ai repris pas mal de tricks des podcasts ou fanzines américains… Everydayislikesunday.com c’était un webzine au début des années 2000’, ce n’était pas un site perso lié à mes activités et, en fait, je m’étais très inspiré d’un site qui s’appelait Sleazegrinder à l’époque…

Ouais !

Voilà, c’est un mec qui m’a beaucoup influencé de par ses goûts, de comment il écrivait et comment il voyait les choses, lui dans un côté un peu plus Rock’n Roll…

Et puis il en a ré-ouvert un récemment là je crois ?

Bah là il fait des émissions de télé… D’ailleurs je l’ai croisé, je suis allé voir DANZIG dans le New Hampshire et je suis tombé sur lui quoi ! Et deux fois ! Quelques jours après je suis allé à Boston voir ROKY ERICKSON !

Ha cool !

Ouais, et là je retombe sur le keum ! Et je l’ai interviewé il y a 15 ans quoi ! J’avais fait une énorme interview parce que le mec me faisait vraiment triper… Avec les années ils est parti dans un truc qui me plaît un peu moins mais en tout cas c’était une grosse source d’influence ! Il a fait un podcast lui aussi, ça durait 40 minutes ou 1h, une fois par mois, il parlait avec sa femme dans sa cuisine et quelques potes, c’était vraiment marrant (rires) Il parlait de ce qu’il allait voir au ciné, de groupes qui lui avait plu…

bzp

On sent qu’il baignait sur différents univers au quotidien lui aussi ouais ! Et avec BLACK ZOMBIE PROCESSION, il y avait un livre de Zaroff qui accompagnait la sortie CD et LP, est-ce qu’il y a un format d’objet que tu n’as pas encore exploité mais que t’aimerais sortir sur une prochaine prod’ ? Parce que tu travailles quand même sur pas mal de formats différents…

Ouais comme je te disais, en 2018 je ne veux plus sortir de disque uniquement pour sortir des disques. C’est fini, ce format n’intéresse plus qu’une tranche de population très restreinte, c’est-à-dire les gens qui ont 35 – 45 ans, c’est un support qui est à l’agonie. Les plus jeunes se mettent au vinyle, voire même les vieux qui s’étaient séparés de leur collec’ il y a vingt ans en rachète ! On parle d’un grand retour mais soyons réalistes, ce n’en est pas réellement un… Vendre des disques en général, quel que soit le format, devient vraiment dur. Je continuerai d’en sortir mais il faut qu’il y ait tout le temps un petit gimmick qui y soit lié. Pour l’album « III » de BZP (BLACK ZOMBIE PROCESSION) qui est sorti il y a quatre ans, on avait proposé un format package DVD, ça ressemblait à un package pour film, avec des bonus, des commentaires, des interviews, des vidéos… et pour le « IV », pour fêter les dix ans du groupe, on a décidé de proposer un roman  lié à la musique de l’album. Le roman est écrit par Zaroff, un auteur français qui avait sorti des livres gore que j’avais adoré, que j’avais chroniqué dans un magazine… On avait pris contact comme ça. Je voulais vraiment proposer un bouquin super régressif, dans le trip porno gore ultime, il a joué le jeu sous aucune condition et ça s’est très bien passé. Le livre est gavé de références au cinéma mais aussi à la musique, ainsi qu’à d’autres livres -pas mal à Stephen King d’ailleurs- mais dans une version pour adultes supra tarés (rires). Je suis vraiment content de ça, c’est un aboutissement. Là, pour le coup, on sort du cadre strictement musical. C’est ce que je disais, la musique pour la musique, là à 41 piges, j’ai joué sur 22 albums… Je t’avoue que quand les labels m’envoient mes dernières prods, je ne dé-cellophane même plus les disques, je les mets dans un coin (rires). Je ne veux pas faire le blasé car j’aime encore sortir des disques, bien sûr,  mais il y a une espèce d’innocence pure qui s’est forcément perdue au fil du temps et des sorties de disques. Par contre quand je fais un truc autour d’un disque, comme un livre ou un packaging particulier, ça redevient à nouveau frais, c’est un petit souffle de « renouveau » pour moi. Le premier mini album de PRISON LIFE, sorti cette année, on l’a proposé dans un packaging single 45t mais c’est un CD à l’intérieur, l’objet est ainsi un peu différent, ça change… Bref, à chaque fois j’essaie de trouver un truc qui le rende un peu singulier et typé. Mais plus ça va aller, plus ça va être compliqué, c’est sûr. Par contre, les sorties uniquement digitales, je ne comprends pas… mais alors pas du tout.

Ouais mettre de l’argent dans un truc en ligne, virtuel, je n’arrive pas non plus !

Les mecs ils vont en studio et puis ils disent « Ouais sortie digitale » Il n’y a pas de trace, t’as envie de dire « Ouais bon ben les gars, vous avez eu une histoire entre vous là, vous avez composé etc., mais il ne restera rien de tout ça » Parce que là c’est sur Bandcamp mais dans cinq ans ou dix ans… Moi je vois les choses comme ce que tu laisses comme trace dans ta vie…

Ouais et puis il y a aussi le truc de l’objet que tu retrouves dans tes mains ! Moi qui déménage TRES souvent, bah là en ce moment j’ai mes affaires stockées dans des cartons et parfois je les ouvre et je tombe sur des trucs, je ne me rappelais pas forcément que je les avais mais ça me fait plaisir de retrouver l’objet en question en fait, ça te ramène à des souvenirs, le contexte dans lequel tu l’as acheté ou eu, ce que t’avais aimé au gig…

Mais oui ! Ou qu’on t’a offert, ou la soirée que t’avais passé avec tes potes… Mais putain mais c’est ça ! Et quand je dis ça aux gens, t’as la plupart qui ne comprennent pas tu vois, eux c’est juste « Ah ouais j’aime bien ce morceau » ; « J’aime bien la 2 et la 7 » (rires) Mais j’en ai rien à branler le truc ça a une histoire quoi ! Les DVDs c’est pareil, je ne sais pas si tu vois derrière là … (ndlr : webcam)

Ouais effectivement…

J’en ai des centaines ! Il y a des films que je n’ai regardés qu’une seule fois mais je m’en fous, j’achète, je ne télécharge rien, si je ne prends pas la galette et que je ne la mets pas dans le lecteur DVD, pour moi, je n’ai pas regardé le film. Il y a ce truc. C’est soit le cinéma dans la salle obscure, soit le DVD ou la VHS. Il y a des films que j’ai achetés sur la route, je peux te dire que c’était sur telle tournée, que j’étais en vacance avec telle nana, ou que l’on m’a offert… Ça a une vie tout ça, ce n’est pas juste pour te divertir sur 1h25 ! Soit je prends les choses vraiment trop à cœur, ce qui est possible, soit je suis fou quoi… Ça, c’est possible aussi (rires). Mais je ne comprends pas trop le rapport qu’ont les gens avec tout ce trip culturel, c’est souvent très light. Mon école, c’est l’artisanat. Il faut « bricoler », comme je le dis souvent… Ce n’est pas juste de la musique et ça, ça a beaucoup d’importance pour moi. Il ne serait question que de « musique », purement et simplement, après 22 albums, 1200 concerts, des 45t, compiles, splits etc… Je n’aurais plus envie d’en faire, clairement. Même si c’est de moins en moins facile et de plus en plus perdu dans la masse, j’ai des projets devant moi qui me font sortir de ma zone de confort, qui m’excite encore… Ce truc de disque de reprises avec un livre qui l’accompagne par exemple : le fait que je ne sache même pas comment ça va aboutir, comment je vais le sortir alors que je suis en studio pour le faire, cette incertitude et ce côté branlant, ça suffit à le rendre intéressant à mes yeux ! ET ce n’est qu’un exemple. Voilà, c’est comme ça que je m’amuse encore à 41 ans quoi (rires)

et

Et il y a quelque temps tu avais sorti « Explosions textiles », un bouquin sur le thème du premier t-shirt de groupe acheté, avec différents mecs qui avaient écrit un post là-dessus… Toi tes trois derniers t-shirts achetés c’est quoi ?

Alors il y a un t-shirt de MORRISSEY mais… (rires) Je dois en acheter au moins quatre fois dans l’année des tish avec sa gueule dessus (rires)

Doit y avoir un placard dédié à MORRISSEY !

Presque ! (rires) Bah t’façon, c’est simple, j’ai trois grandes figures iconiques : Henry Rollins, Glenn Danzig et Morrissey. Trois personnages complètement différents. Et Johnny Ramone aussi, bien sûr. Donc ouais, un t-shirt de MORRISSEY dernièrement… un t-shirt d’OASIS, à l’effigie de leur premier album « Definitely Maybe », qui est un des plus grands albums de rock au monde, de tous les temps. Et puis… un t-shirt de Semetary Records, un label parisien qui sortait des disques de Thrash et Death Metal à la fin des  80′ – début des 90′, que j’aimais bien. J’ai vu qu’ils ont refait une série avec le logo de l’époque et ça m’a fait marrer. Mais j’ai énormément de t-shirts… que des t-shirts de couleur noire, aucun avec une paire de manches (rires). Bon, j’en achète un peu moins qu’un temps, parce que j’en ai beaucoup… Vraiment beaucoup !

On arrive toujours à ce moment où on se dit qu’un tri serait nécessaire !

Ouais… Il y a tellement de bordel chez moi avec tous ces trucs et personne pour me dire « Ouais faudrait penser à virer ta merde » que… (rires)

Et t’avais sorti un Carnet de route aussi sur un trip de six mois aux USA où tu étais parti pour refaire ta discographie suite à un incendie, j’avais une question un peu en lien avec les USA et ton intérêt pour le gore, quand tu étais là-bas est-ce que tu avais visité le Museum of Death, à Hollywood ou à la Nouvelle-Orléans ?

Non, non… Bizarrement la Nouvelle-Orléans j’y suis allé plutôt souvent parce que mon ex-femme habitait à 1h30… En tout cas je ne connais pas en fait. […]

Et donc pour finir, pour la promo de tes activités, qu’est-ce qui est en cours et à venir ?

Là en ce moment je suis sur PRISON LIFE, on a sorti notre premier mini album 7 titres il y a quelques  mois donc on est sur la route pour en faire la promo. C’est du Hardcore Metal assez groove, très 90’ dans l’approche, c’est-à-dire assez mid-tempo et frontal, avec des influences comme MERAUDER, CROWN OF THORNZ, SPUDMONSTERS, BIOHAZARD, etc.  Donc là, on va essayer de faire un petit tour de France d’ici la fin de l’année. Je suis sur la route aussi avec DEMON VENDETTA, on a sorti un split vinyle 10 pouces avec ARNO DE CEA et on prépare un nouvel album, le troisième. En actu’, il y a également le livre « Enjoy the Violence » qui est sorti il y a quelques mois, que j’ai écrit avec mon pote Jérémie Grima. Ça a bien cartonné, il va être à nouveau disponible durant l’été parce que la première édition est déjà épuisée… mais on continue de travailler sur la promo de ce livre, en attendant la deuxième fournée.

ETV

Ouais il y a eu un bel engouement tout de suite on dirait !

Ouais et on n’a pas pu assurer la distribution en magasin parce que tout est parti en VPC ! Il y a eu une excellente revue de presse, pas mal de presse nationale aussi donc pas mal d’interviews auxquelles répondre… Ça demande du temps. Ces deux derniers mois j’étais sur la route et quand je suis rentré il y a quelques jours, il a fallu que je me remette à travailler sur tous mes trucs en cours, puisque j’avais pris pas mal de retard. En rentrant quelques jours ici et là, entre deux tournées, on ne peut rien faire dans ces conditions-là…  Je booke aussi tous les concerts de mes groupes, et ça, c’est un taf de tous les jours, tu sais ce que c’est….

Oui, oui…

C’est hyper chronophage et parfois tu as l’impression de ne rien faire, de ne pas avancer. Sur une soirée tu te dis « Mais putain je n’ai rien fait… », sauf que t’as envoyé quelques liens, t’as branché un mec, relancé un autre, fait le tri dans ton planning, demandé à tes zicos s’ils étaient dispo, organisé une session répèt’, fait circuler le planning à tout le groupe… Il y a une date annulée il faut la remplacer, envoyer une facture là, un contrat ici, calculer les frais…  Bref, t’as l’impression de n’avoir rien fait mais tu as brassé à fond pour mettre tout ça en place. Donc voilà, je prépare mes dates pour la rentrée, c’est maintenant que ça se passe parce que l’été, c’est mort,  personne ne répond plus donc il fait que j’anticipe un peu. Autrement je continue de piger dans la presse, quand je peux le faire… Et je commence à réfléchir au prochain podcast, car ça fait un bail qu’on n’en a pas enregistré un. Je pense que je vais aussi me calmer un petit peu, il y a des périodes où j’en ai trop fait, ça me prend la tête… Ça use.

Ca fait beaucoup de projets en même temps ouais (rires)

Bah je suis obligé, vu que je ne fais quasiment que ça, je dois anticiper. Si je ne prépare  pas ce qui va se passer dans six ou sept mois, si je ne cale pas les plans, je vais passer à côté de ma prochaine saison. C’est tout un schéma, je bosse à tous les instants, je n’ai pas de week-end, je ne prends pas de vacances pour mes activités, je suis toujours sur un truc ou un autre… Il y a des jours où je bosse jusqu’à 3h du matin sur mon ordi pour avancer sur tout mon bordel… Mais voilà pour l’avenir proche, quoi.

Ca roule, ben merci beaucoup ! […]

InterviewSam02-1
Et alors, rien que ça ?! Bien sûr que non ! J’te balance le détails des projets plus ou moins récents et en cours… Libre à toi d’aller checker ce qui est susceptible de te botter !

EveryDay is Like Sunday, où tu retrouves tout le merch, le podcast NOW IT’S DARK, des teasers, des vidéos et les news… : http://www.likesunday.com/

DEMON VENDETTA (Surf music, Horror rock)
https://demonvendetta.bandcamp.com/ et http://www.demonvendetta.com

PRISON LIFE (Hardcore Metal – 90’s style)
https://prisonlife.bandcamp.com/

BLACK ZOMBIE PROCESSION (Thrash, 90’s Metal Hardcore, Horror Rock)
https://theblackzombieprocession.bandcamp.com/releases

Le Site du bouquin « Enjoy the Violence »
http://enjoytheviolence.fr/

Une interview qui présente le bouquin « Explosions textiles » https://noisey.vice.com/fr/article/ryd78j/metaliquette-nasty-samy-explosions-textiles

Une chronique du Carnet de Route « Continental Divide » qui relatait un voyage de 6 mois aux Etats Unis : 31 états traversés, plus de 30 000 km de route ; ainsi qu’un album de TEENAGE RENEGADE
https://filmfromouterspace.wordpress.com/2017/02/02/teenage-renegade-continental-divide-2012/

Des piges aussi à retrouver dans RISE TATTOO MAGAZINE et NEW NOISE.

pl

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