A.K. (Vorkreist, Merrimack, Decline of the I…)

(Crédit photo de couverture : © Nat Nazgul – http://metalheads.by, MERRIMACK, Tour w/ MAYHEM, 2014)

Fall of Summer 2016 : on remonte le stand Necrocosm, caisses de merch et tentes chargés, 750 bornes, here we go ! « T’as des badges glam/punk, un back patch SISTERS OF MERCY et t’es derrière un stand de metal extrême ?! » ; « … Bah qu’est-ce que tu fous là ?! »… Bon visiblement, pour certains, ça paraissait trèèèès compliqué ! Je tiens à préciser que ce n’était pas des propos hostiles, n’empêche que ça m’interroge… Comment t’expliquer que le black metal m’a fait tenir ma non-douce adolescence et à mon avis ne cessera jamais de me fasciner ? Pour moi, c’était aussi une certaine école de la vie, un « against » & « fuck off » envers toute aseptisation et morale décidée par une minorité pour une masse qui ne se pose pas de questions, aboutissant à une médiocrité ambiante grandissante. Il y a une grande part de cette idéologie que je retrouve aujourd’hui énormément dans le punk (garage ou glam, whatever ?), mais dans une attitude et vision différente, bien que le « No Future » pourrait être scandé par ces deux genres d’où mon incompréhension de cette façon sectaire du public de tout faire rentrer dans des cases… MAIS JE M’EGARE ! Retour aux anecdotes de tournée ! Fin de l’été je peux ENFIN recroiser des groupes pour ce blog et tu n’imagines pas à quel point ça m’intéresse d’essayer de te montrer à quoi ressemble l’envers du décors (peut-être dans le but de te donner envie de fréquenter les concerts plus souvent, peut-être pour qu’un rocker s’intéresse aux courants extrêmes et vice-versa ?) Année 2002 : la première fois que j’ai vu A.K. c’était sur une demi-page de Metallian (il-était-une-fois-j’en-eus-acheté) pour LOVE LIES BLEEDING. Huit ans plus tard je le rencontre à Toulouse lorsqu’il remplace C.Kobal à la basse dans MALHKEBRE. Il a composé et / ou joué également avec NEO INFERNO 262, DIAPSIQUIR, CORPUS CHRISTII, EROS NECROPSIQUE … et tient actuellement la guitare dans VORKREIST et MERRIMACK, groupes sur lesquels nous nous sommes centrés pour l’entrevue. Dans cet article, en pays dont on n’a pas encore parlé, étrange et peu rassurant : la Russie ! Et aussi quelques bonnes sur les pays de l’Est parce que, eh, faut croire que les histoires les plus barrées se passent là-bas (cf. article avec MALAKWA). On aborde aussi le manque de sommeil et la vie en van, l’importance de l’accueil des groupes, le processus de compo et… et les tapes tiens ?! Et comme d’hab, les galères et imprévus… Merci A.K. !

Par Gwenn Negative Art - Merrimack, Fall of Summer 2016
Par Gwenn Negative Art – Merrimack, Fall of Summer 2016

 

      • Bon faut que tu me drives ! Surtout qu’en plus faut que je réfléchisse à … ‘Y a des trucs, clairement, ce qui arrive en tour reste en tournée, y a des trucs que tu peux dire et d’autres… Non ça on ne peut pas le dire ! Donc, euh… (A.K)
      • On va peut-être commencer par cibler un groupe ! Volontairement on va passer MALHKEBRE / SEKTARISM, sauf si t’as des anecdotes particulières… (Alicia)
      • Ouais parce que vous l’avez déjà fait.
      • Du coup on peut peut-être partir sur VORKREIST, c’est un de tes plus anciens groupes je crois.
      • VORKREIST bah ouais, c’est né sur les cendres d’EPIC, en 99′ je crois quelque chose comme ça, et on a toujours essayé de tourner, faire des concerts etc…Il nous est arrivé pas mal de trucs… Un peu le point d’orgue ça avait été l’absurde et beaucoup trop longue tournée avec HORNA et BLACKLODGE en 2007, où on avait fait 19 concerts en 23 jours. C’était un itinéraire qui était à la base fait pour être en night liner, donc en bus de tournée, et au dernier moment, le mec de Debemur Morti, entre le moment où il montait la tournée et le moment où la tournée allait avoir lieu, la législation a changé au niveau des heures de pause des chauffeurs de bus. Du coup, c’était plus du tout financièrement possible de payer tout en night liner, mais comme tout le monde était motivé à la faire, on a fait les mêmes itinéraires mais en van, en se disant qu’on allait dormir à l’hôtel etc… Mais ce qui fait que …
      • Au niveau des dead line ça devait être super just !
      • C’était absurde ! Comme normalement en night liner tu dors pendant que ça conduit et que là on ne pouvait pas car il fallait bien qu’on dorme de temps en temps, ben on se retrouvait dans des hôtels où on arrivait à 2h du matin après le concert et ils nous disaient « Bon debout on part à 6h ! » et ça nous faisait ça la moitié des dates. C’est même pas qu’on dormait quatre heures c’est qu’on avait quatre heures à l’hôtel quoi ! Y a même une date où on n’a pas pu parce qu’il avait beaucoup trop de distance, je crois que c’était pour aller en Autriche, ou enfin bref ! Après le concert on a directement pris les vans et on a du conduire jusqu’à la date d’après, sans s’arrêter en hôtel ou quoi que ce soit !
      • Et alors en milieu de tournée on retrouvait avec un groupe de zombies, avec la moitié qui dort debout et l’autre moitié qui a des absences quand on leur parle ou … ?
      • Mais carrément ! Donc on était deux vans et le van que conduisait le mec de Debemur Morti avec les HORNA, ils ont failli crever. On était genre au deux tiers de la route, et parce que manque de sommeil et tout… Moi j’étais dans l’autre van derrière, ça se relayait pour conduire mais bon il n’y avait pas beaucoup de conducteurs quand même. On était sur l’autoroute et tout d’un coup je vois leur van qui fait une embardée sur la gauche et priiiiiiiiiiiish sur la rambarde de sécurité, plein d’étincelles et tout ! Et en fait le mec s’était endormi au volant tu vois, et donc il s’est réveillé deux secondes après, il a du voir une gerbe d’étincelles genre « Rhaaah qu’est-ce qu’il se passe ?! » et voilà, c’était à ce niveau là ! Je me souviens d’une autre date, en plus comme des connards, le lendemain on avait un day-off et plutôt que de se dire « C’est cool on se repose » en fait on a fait la fête de ouf et après l’hôtel était à 30 bornes, je me souviens d’un des mecs qui faisait roadie qui conduisait un peu le truc, nous on était en train de faire la teuf dans le van on faisait pas trop gaffe, et des fois je le regardai, il se mettait des patates lui-même pour pas s’endormir ! Normalement à ce moment là tu te dis « C’est pas grave, arrête-toi une heure » mais bon non nous on faisait la fête…10409339_10152498815348561_6089729200832794112_n
      • Peut-être ça a permis aussi d’enlever certaines tensions parce que quand t’as le manque de sommeil t’es peut-être plus… pas aigri mais susceptible très vite ?
      • Ouais, et pour le coup c’est vrai que ça a resserré vachement les liens entre tous les groupes etc… Enfin y a eu un truc vraiment sur cette tournée, c’était pas des dates énormes mais … Bon déjà ratisser l’Europe en van c’est rare en général, ou c’est dix jours un truc comme ça, là c’était plus de trois semaines ! On est allés jusqu’en Finlande, les pays de l’Est… ! Ah oui ! Pour l’anecdote, la tournée commençait à Londres et la deuxième date c’était Paris donc du coup on prend l’avion pour Londres, on enregistre nos instruments… et ma guitare n’est jamais arrivée. Du coup dans ces cas là, ça nous est arrivé pas mal de fois ce genre de trucs, en général c’est juste qu’elle n’a pas pris le bon avion, les mecs lui font prendre un autre avion le lendemain et ils te la ramènent chez toi. Sauf que là, comme on était dans un pays différent tous les jours c’était impossible donc du coup j’ai joué avec la guitare de remplacement pendant toute la tournée ! Et pour la première date, on avait pas encore cette guitare de remplacement, comme on s’était dit « On prendra tout ça à Paris ! » donc j’arrive j’avais zéro guitare ! Et on jouait, c’était un petit festival qu’organisait Pierre de Stratanael, la tête d’affiche était DODHEIMSGARD et du coup j’étais allé voir le mec…. parce que tous les autres avaient des floyds et n’étaient pas accordés comme nous du coup tu ne peux pas prêter une guitare comme ça, pour jouer après etc… Et on a eu du bol c’est….DODHEIMSGARD, je ne sais plus quel mec à l’époque parce qu’ils ont changé de line-up depuis, qui m’a prêté sa guitare pour le concert de VORKREIST, vraiment sympa ! Donc voilà, tournée hyper éprouvante, je ne sais même pas par où commencer tellement il s’est passé de trucs tu vois mais pour le coup, avant cette tournée quand je parlais je disais « Tiens j’ai un groupe qui s’appelle VORKREIST » et après cette tournée je pouvais dire « Je joue dans VORKREIST » et les gens disaient « OK je vois ce que c’est. » Ca a été vraiment pour nous un truc un peu déterminant. VORKREIST ça a toujours été le groupe où il s’est passé des trucs, et en même temps des trucs un peu maudits genre quand on a fait cette fameuse tournée Finlande – Russie début 2010 où on tournait avec, je ne sais plus comment ils s’appellent, un groupe suédois, enfin bref ! On faisait trois dates en Finlande et après on devait faire deux dates en Russie à St Pétersbourg et Moscou, et pareil, tout ça en van, et en plus, absurde, je ne sais pas pourquoi, le mec qu’avait organisé ça c’était un russe, il nous a organisé ça en janvier et c’est la première fois que j’ai vécu… On était sur l’autoroute, on va pour pisser, t’avais un thermomètre il faisait -37° ! (rires) Et dans le van, pareil, on dormait comme on pouvait… C’était hyper mal organisé donc on dormait dans le van, mal etc… Et genre tu voulais juste t’endormir contre la vitre du van et, c’est pas que c’était froid, mais t’avais du gel à l’intérieur du van !
      • Y en a pas un qu’est resté collé ? (rires)
      • Mais c’était presque ça ! Tu sais tu piques du nez et tu te dis « Boh allez je me mets contre la vitre… » et là tu te dis « Putain mais j’ai un glaçon dans la gueule et j’essaie de dormir quoi ! » Donc voilà t’as ce truc là, la date à Helsinki s’était bien passée et l’orga nous fait « Bon on va partir direct à 4h du matin après le concert pour St Pétersbourg » et c’est 350 bornes tu te dis qu’il exagère quand même, c’est pas loin… Et il dit « la frontière russe on ne sait jamais, ça rigole pas. »

        MERRIMACK Live à Varsovie, European Tour w/ MAYHEM, 2014
        MERRIMACK Live à Varsovie, European Tour w/ MAYHEM, 2014
      • Ah oui la Russie c’est plutôt réputé !
      • Oui voilà ! Et donc c’est marrant, on arrive, on passe la frontière, les mecs nous disent « Ah c’est cool vous allez faire de la musique, allé bon concert ! » et on se dit « Bah en fait ça va, qu’est-ce qu’il exagère ? » mais ça, en fait c’était les finlandais ! (rires) Après tu passes au milieu d’une forêt, genre un no man’s land total où tous les 500 mètres t’as des militaires qui t’arrêtent et demandent à tout le monde de montrer son passeport, ils t’arrosent avec leur lampe torche et autour c’est que de la neige et de la forêt ! Tu te dis que les mecs ils arrivent, on a tous une balle dans la nuque, ils nous enterrent dans la forêt et on ne retrouvera jamais nos corps ! (rires) T’es dans un truc… vraiment… entre deux frontières je ne sais même pas ce que ça a comme statut ce genre d’endroits ! Et donc on arrive à 6 / 8h du matin, pas dormi, machin… et donc évidemment, ils voient arriver des gars cheveux longs, nananah… ils contrôlent le van. On n’avait pas de drogues on s’était dit « On va pas déconner ça craint à mort ! » Moi je m’endors sur une chaise et les autres viennent me voir « Hé J. il y a un problème avec tes médicaments » et naïvement je dis « Bah c’est pas grave on les jette. » Sauf que ça ne se passe pas du tout comme ça en Russie ! Il se trouve que j’avais juste du tétrazepam, c’est un décontractant musculaire, j’avais même oublié que je l’avais dans ma trousse de toilette parce que je ne le prenais pas, je n’avais pas l’ordonnance avec moi et il restait genre six comprimés un truc comme ça, sauf que voilà, c’est un dérivé d’opiacés et donc c’est interdit là-bas. Donc moi je me suis dit « Ok, on signe un truc et c’est fini » et ça s’est pas DU TOUT passé comme ça. Direct ils m’ont confisqué mon passeport et il y a eu plein de démarches complètement absurdes, à chaque fois ils disaient « Allé on fait ça et après vous pouvez partir » et en fait on est restés coincés 7h30 !
      • Ah oui il a bien fait de vous faire partir la veille du coup !
      • Exactement ! Ca a été l’enfer ! Il a fallu que tous les gens du van écrivent sur une feuille « Je certifie que je n’étais pas au courant que Judicaël machin transportait du tétrazepam… » Ils reviennent après « Ah oui mais vous n’avez pas daté… », ils reviennent un quart d’heure après « Ah oui mais faut signer… » après « Oui faut qu’on attente les chefs, c’est eux qui doivent tamponner les trucs… » ça a duré des heures ! Et pendant ce temps là je n’avais plus mon passeport. Et tu sais genre même juste pour nous faire chier, à un moment il y avait les gros mecs en bombers qui ne parlaient pas un mot d’anglais, heureusement on avait l’organisateur qui était russe qui pouvait faire l’interface mais il n’aurait pas été là… J’étais déjà pas fier mais ça aurait été un cauchemar !

        MERRIMACK Live à Varsovie, European Tour w/ MAYHEM, 2014
        MERRIMACK Live à Varsovie, European Tour w/ MAYHEM, 2014
      • Je pense que vous n’auriez même pas passé la frontière.
      • C’est clair ! Et des fois, ces gros mecs de la sécu en bombers avaient des chiens avec musolières et à un moment,  juste ils se sont amusés à lâcher les chiens sur nous ! Genre ils n’étaient pas enragés, mais nous on a attendu comme des cons, juste pour nous intimider pour rien quoi ! On était assis, t’as tous les chiens qui viennent te renifler genre super hostile et tout et les mecs, bon peut-être je déforme mes souvenirs, mais je les imaginais en train de nous regarder en riant… peut-être pas, je ne sais plus, mais bref. Il y a même un moment, ils nous disent « Bon venez avec nous » et je me retrouve tout seul dans le grand hangar avec le van, ils me prennent en photo, il y avait cinq mecs en bombers debout les bras croisés qui me regardaient, ils me disent « Va vers ton sac », ils me prennent en photo, « Sors ta trousse de toilette », ils me prennent en photo avec la putain de tablette des six comprimés comme ça, après mise sous scellé, l’heure tournait… et alors là les boss arrivent : quatre nanas, c’était marrant on aurait dit des top-modèles. Grandes, blondes, qui arrivent et à chaque fois on se dit « Putain ça y est on va pouvoir y aller ! » Mais ils m’ont dit « Ben toi faut que tu signes plein de trucs. » On était à la bourre, j’avais dix documents russes qu’il fallait que je signe, à chaque fois l’organisateur russe jetait un coup d’oeil pour me dire « Ouais c’est bon ça va » etc… et le seul papier que j’ai signé qui était en anglais, c’était « Je certifie qu’on m’a bien  traduit tout ce que je viens de signer » alors qu’évidemment non, mais comme on n’avait pas le temps… Et là je commence à me dire « Ok je rentre en Russie mais comment ça va être quand je vais revenir ? » Genre trois jours après…
      • Eh ouais toutes ces photos ça doit sûrement finir sur une fiche !
      • Eh ouais, et comme c’est considéré comme de la drogue c’était carrément un délit mais l’organisateur russe, que je connaissais depuis trois jours, s’est porté garant pour moi et j’avais une semaine après pour envoyer une ordonnance qui prouve que, en gros je ne suis pas un dealer, sinon il allait en taule ! Il pose la question après pour savoir si j’aurais des problèmes au retour, la meuf russe là elle parle pendant, allez, au moins deux minutes, et il se retourne vers moi et me fait « No problem » et je fais « … Elle a dit plein de trucs là quand même ! » (rires) « No problem ! » en gros faut y aller quoi ! Bon voilà on a fait le concert, très cool, assez fou, les mecs dans les pays de l’Est sont tarés, les mecs en autographe ils te tendent carrément leur passeport enfin c’est complètement fou ! Après il fallait prendre le train de nuit pour aller jusqu’à Moscou, on refait dans l’autre sens… donc on n’a jamais vu la couleur d’un hôtel ou quoi, on a dormi juste dans des trains et c’est vraiment des cargaisons de bétails les trains de nuit là-bas quand t’es pas en première classe. Et il faisait -40° dehors et à l’intérieur du truc, t’as l’impression qu’il faisait 30° tu vois, donc le choc thermique… On était tous malades !

        MERRIMACK, Pays de l'Est, 2012
        MERRIMACK, Stockholm, 2012
      • Et le public russe est à l’image des russes qu’on se fait en général ?
      • Ouais ! Bien bien tarés ! Et du coup ça motive tu te dis « Bah putain on lutte là, on en chie à mort, on ne dort pas, ça se trouve je ne rentrerai jamais chez moi… » (rires) mais les concerts étaient vraiment forts ! Au retour ça va, la frontière ça s’est bien passé mais j’avais toujours une semaine pour envoyer une ordonnance, que je n’avais pas évidemment, donc j’ai galéré à fond pour aller retrouver le Docteur… enfin je te passe les détails parce que c’est chiant ! Et genre le jour même j’ai réussi à avoir une vraie ordonnance, parce que le médecin me disait « Bah non je ne peux pas te faire une ordonnance comme ça, faut que j’ai la preuve que …en plus t’as des histoires juridiques avec la Russie ! » du coup il a fallu que j’aille à la Sécu pour trouver les relevés de deux ans avant avec les montants, que j’appelle la pharmacie « Est-ce qu’il y a deux-trois ans le tétrazepam ça valait tant ? » Du coup le médecin m’a fait l’ordonnance antidatée et j’ai envoyé le truc ! Le mec n’arrêtait pas de m’envoyer des messages genre « Ca craint à mort là ! Si dans la journée je n’ai pas l’ordonnance je vais en taule ! » Bref je me suis dit « Ca y est c’est fini … » mais pas du tout ! Après j’ai reçu plusieurs lettres recommandées de Russie, où on me demandait de retourner à la frontière pour plaider ma cause (rires) et j’ai fait « Bah… non, je ne vais pas revenir », je leur ai répondu quand même que j’avais prouvé que c’était médical, ils me renvoient d’autres trucs genre une citation à comparaître pour le 2 mai que je reçois le 10 mai tu vois … et le dernier papier que j’ai reçu en juin 2010, c’était pour me dire que l’affaire allait être déférée devant un juge et je n’ai jamais eu de nouvelles depuis… Du coup je ne suis jamais retourné en Russie, j’ai consulté les ambassades et avocats : personne n’a de réponse claire et en gros c’est « Déconne pas », je ne me dis pas que je vais terminer au goulag si je me pointe, mais tu peux être retenu très longtemps… Ca peut planter le concert et comme je n’ai jamais payé d’amende, si ça se trouve en frais juridiques ou truc comme ça, ça peut s’envoler très vite ! Donc en gros je ne retournerai jamais en Russie de ma vie ! Juste à cause d’un putain de décontractant musculaire…
      • Et cette tournée vous vous étiez arrangés entre groupes ?
      • Non c’était le mec russe qu’était fan de VORKREIST, le mec de Daemon Worship, qui est aux Etats-Unis maintenant et qui s’était dit « Voilà moi je veux organiser cette tournée » et on lui disait « Mais tu sais, en tête d’affiche c’est bien mais on n’est pas non plus énorme… trouve des groupes locaux » ; « Non je m’en fous c’est comme ça que je veux le faire ! » Et il a perdu des milliers de dollars, évidemment c’était impossible qu’il rembourse ses frais quoi ! Voilà c’est le genre de trucs qui nous est arrivé avec VORKREIST, c’est un super souvenir mais c’était dur quoi !11059421_817891051579647_2411287334477046175_n
      • Ca c’était les plus grosses tournées, tu en as fait d’autres ?
      • Avec VORKREIST non, on a fait plusieurs mini tours, on en avait fait un très chaotique aussi avec OFERMOD, avec Michayah complètement taré ! On jouait à un festival en Allemagne, tout le monde avait pris du retard et ils demandent à OFERMOD à un moment « Bon bah les gars là faudrait que vous vous arrêtiez » et tu ne dis pas ça à Michayah ! Du coup les mecs coupent la façade, il fait « Fuck off ! », les mecs continuent à jouer juste avec les amplis et la batterie, le mec commence à faire des gros « Sieg Heil », il n’est pas nazi du tout mais juste par méga provoc genre « Moi on ne me coupe pas !! » Méga badass en tout cas ! Ca a failli terminer en baston … Le mec qu’organisait il s’appelle C., il est adorable et tout mais à cette époque là, je crois qu’il s’est calmé depuis, il prenait du speed tout le temps et du coup il ne dormait pas pendant cinq jours et après il dormait pendant 48h un truc comme ça ! (rires) Donc il a fait toute la tournée sans dormir sauf qu’à la fin, au bout de quatre / cinq jours sans sommeil à prendre que du speed, il commençait à avoir plein de tics ! Tu sais tu le regardais et ses yeux bondissaient, sa bouche se triturait et on se disait « Merde ! C’est lui qui organise et doit gérer le tout » mais bon en l’occurrence ça s’est bien passé, il a assuré, pour le coup c’était rock’n roll ! Après c’est plutôt avec MERRIMACK, notamment quand on a tourné avec MAYHEM il y a deux ans, donc là c’était vraiment la grosse tournée européenne, dans de super conditions parce que nous on était en night liner avec MAYHEM et contrairement à plein d’affiches qui se font où il y a mille groupes qui tournent, on était que ces deux groupes à tourner et du coup on jouait toujours avant eux, à part une ou deux dates. On a été très très bien traités, on s’est super bien entendus avec les mecs. Et voilà, moi j’ai toujours eu du mal avec le son de batterie de Hellhammer, hyper triggé sur scène, et là depuis qu’ils ont Tore, le mec du Necromorbus qui fait leur son, qui fait aussi celui de WATAIN etc. eh ben franchement je recommence à adorer MAYHEM sur scène. Et là, de voir ce groupe qui pour moi a sorti un des albums essentiels, je ne vais même pas dire du black metal, mais de la Musique tout court, eh ben de les voir jouer tous les soirs De Mysteriis Dom Sathanas avec Attila au chant ben voilà c’était un peu le truc d’ado, en te disant « Putain ! » tu vois, genre faire la fête avec eux… En plus ce qui était intéressant c’est qu’on a tous 35 piges etc. donc on n’était pas des mecs de 22 ans, méga fanboys, et c’est l’organisateur de la tournée, Jonas, qui nous disait justement que ça se passait très bien parce qu’on avait tous un peu de la bouteille et donc voilà c’était très cordial, il n’y avait pas les mecs bourrés qui font n’importe quoi et qui ne gèrent rien, ceux qui sucent la bite de tout le monde parce que « Putain c’est MAYHEM » et tout… Et du coup comme on avait un rapport assez sain avec eux, ni de dire « Allez c’est MAYHEM on les provoque ! » ou alors « C’est MAYHEM on leur suce la bite ! », juste « Bah vas-y, on se barre pendant trois semaines ensemble », eux ont été super avec nous aussi, Hellhammer prêtait ses trigg à notre batteur tous les soirs, vraiment les mecs hyper sympas. Cette tournée je me dis que ça fait partie des trucs importants que j’ai pu faire, ouais, quelques trucs comme ça où je me dis « Bon bah ça on ne me le retirera plus », « J’ai vécu ça ». En plus moi c’était un peu un cauchemar parce qu’à ce moment là j’avais des problèmes de santé, j’avais des douleurs enfin bon bref peu importe et je me disais que je n’allais pas réussir à le faire parce que j’étais vraiment super mal et puis je me suis dit qu’en fait c’était super important et ça s’est très bien passé, ça a été à bien des égards un truc assez intense pour nous et pour moi.
      • Des souvenirs particuliers de cette tournée ?
      • Ouais mais je ne raconterai pas trop… (rires) Des trucs que tu te dis « Ah ouais quand même je viens de vivre ça », voilà, mais je ne dirai pas…
      • Mmmh… Sinon après je peux partir sur divers trucs… Un des publics les plus fous devant lequel t’aies pu jouer ?
      • Alors… J’ai des très bons souvenirs beaucoup dans les pays de l’Est, notamment dans la tournée avec HORNA et VORKREIST, avec les mecs tarés … Et je me souviens la dernière date de la tournée, c’était en Italie à Padoue, où on a un morceau qui commence assez long, beaucoup d’ambiance…. C’est la dernière date au bout des trois semaines, on était lessivés etc. et en fait c’était la meilleure date, le public est devenu complètement taré sur notre set, genre il y avait des barrières en fer et les mecs soulevaient et tapaient en rythme toutes ces barrières du devant de la scène, genre « rrrrhhh« , « rrrhhh » ! Taré quoi !
      • Ca devait faire un effet massif !

        VORKREIST, Hellfest 2015
        VORKREIST, Hellfest 2015
      • Bah ouais ça faisait massif ! Ah et puis dans l’Est on jouait en Ukraine avec MALHKEBRE où… Tu les as ces anecdotes de Kiev ou pas ?
      • Bah dis toujours au pire j’enlève…
      • Les mecs étaient tarés il y avait deux énormes croix à l’envers en bois sur scène et ils n’arrêtaient pas de les brandir, nous les jeter dessus, nous filer des coups de pompes… C’était genre hyper physique ! Et il y a ce moment génial où Berzerk, comme à son habitude, fonce dans le public, pogote etc. sauf qu’il y a un mec qui n’arrêtait pas de se scarifier en nous regardant, et donc il prend son couteau et il le tend à Berzerk… Et Berzerk, tu vois le truc, genre ça craint à mort il y a encore du sang dessus ! Et Berzerk s’est lacéré avec dans la folie du truc, c’était hyper intense, les mecs étaient fous ! Tu sais c’est les concerts où tu joues et les mecs crient devant toi… C’est un peu les pays de l’Est ça, grosso modo c’est pas comme en Allemagne où ils ont quatre-vingt-trois concerts par semaine, ils ont tout vu etc. et dans les pays de l’Est c’est un peu moins ça, surtout dans le black metal les mecs ont beaucoup l’état d’esprit hyper premier degré, au début un peu décontenançant, mais au moins hyper honnête genre « Putain, le black metal c’est notre vie et on respire ça et on rend hommage à ceux qui véhiculent ce truc là » du coup t’es hyper bien reçu.
      • Et en tant que zicos ça fait toujours plaisir d’arriver à voir ce que tu cherches à produire chez l’autre… Ce que toi tu aimerais voir sur scène !
      • Bah voilà c’est ça et pas voir jouer juste des mecs blasés « Ah oui du metal » etc. A Kiev on a aussi joué avec VORKREIST genre un mois ou deux avant que ça parte en couille et qu’il y ait la guerre civile, et ouais, t’es hyper bien reçu, tu dis juste « Ouais on aimerait bien boire un peu… » t’as un mec qui, même au milieu de la nuit, prend sa bagnole et ramène des bouteilles de Vodka… Ah d’ailleurs c’était marrant, c’était le dernier jour à Kiev avec MALHKEBRE, t’as les mecs qu’étaient en train de boire de la vodka et je les rejoins. Et en fait t’as plein de règles là-bas pour boire la vodka, c’est pas juste t’arrives et tu bois quoi ! C’était un petit cercle, ils étaient trois à boire dans le salon quoi, moi je leur dis « Tiens, je peux avoir un peu de vodka ? » et un me fait « Ah ouais mais faut que tu paies l’amende », je fais « Ouaaais, c’est quoi ? » Et alors c’est toujours le même principe hein, c’est toujours le même mec qui sert, dans le même ordre, tout le monde boit en même temps et t’as juste un verre de jus de pomme au milieu si des fois tu veux prendre une petite gorgée. Donc je lui fait « Et l’amende ? », « Ben en fait si tu veux boire avec nous, faut que tu rattrapes d’un coup tout ce qu’on a bu avant que t’arrives » alors dans la limite d’un verre, mais pas un verre de vodka hein, un verre de flotte. Et donc ils me disent « Ben tu dois boire ça cul sec et APRES tu peux boire avec nous. » J’ai fait « Fuck it! » et ils m’ont servi, ça faisait longtemps qu’ils avaient commencé, un verre à ras bords de vodka pure que j’ai bu cul sec pour que juste après ils commencent à me servir un shot ! Par chance j’avais bouffé juste avant des trucs typiques de là-bas genre des pommes de terre à la crème fraîche tu vois… SINON, je pense que je me serai évanoui ! Après c’était complètement irréel parce que j’étais com-plè-tement bourré évidemment et notre avion était le soir même genre hyper tard. Je me souviens être arrivé dans l’aéroport un peu comme si c’était un rêve, enfin tu sais, je me souviens de rien, et puis en plus c’était super long on avait l’avion à 1h, mais on avait un changement à 3h du mat’, tu t’endors et tu te réveilles … Ah putain, l’horreur ! En tout cas je me souviens des russes, quand j’ai bu le truc cul sec ils ont fait « Putain respect hein, parce que souvent les mecs juste ils vomissent et puis c’est fini pour eux ! » (rires) Ouais j’étais fier ouais… Enfin j’étais fier mais je me suis un peu inquiété, je me suis dit « T’es vraiment une grosse pouille en fait ! »2012-russie
      • Et puis la vodka de là-bas ne doit pas être la même !
      • Oui puis les mecs ne sont pas morts de thunes donc c’était pas la meilleure vodka, ça c’est clair ! D’ailleurs ils nous avaient emmené dans un super marché, et comme nous on a les étales de vin, eux ils ont des murs entiers de vodka et t’as des vodkas à 2€ la bouteille tu vois ! Tu te dis « Mais qu’est-ce que c’est … » tu bois ça tu perds la vue quoi j’en sais rien (rires) Bon nous c’était pas tout à fait celle-là non plus mais c’était … ouais ouais. Tu sens que c’est quand même des mecs intenses quoi. Pour le coup, je n’envie pas leur vie ça c’est clair, mais ce truc-là ils le vivent à fond et limite ils entretiennent une flamme que… je n’sais pas, les français sont toujours très ironiques, second degré tout ça, eux t’as l’impression qu’ils ne connaissent pas ça en fait du coup c’est désarmant au début et puis tu te dis « Bah putain ils vivent ce truc-là… » Genre Niko il a failli s’embrouiller parce qu’il a vaguement rigolé quand un mec disait… je ne sais plus enfin le mec était genre « On ne rigole pas avec ça. » C’est Satan, c’est black etc. et du coup ça force un peu le respect, au début on trouvait ça un peu too much évidemment mais après tu te dis « Mais ouais, après tout… » au moins ils reçoivent de manière hyper forte ce que nous on envoie, ça a du sens quoi. Vraiment des très bons souvenirs, j’ai vraiment envie de retourner jouer dans les pays de l’Est ! Bon pas en Russie évidemment… (rires) Mais ouais je n’ai jamais joué en Roumanie, en Croatie… j’aimerais bien. On avait failli organiser ça nous même une tournée MERRIMACK / VORKREIST il y a quelques années et à cause des pays de l’Est on n’avait pas pu la faire car les mecs n’ont tellement pas de thunes, ils te proposent en tout et pour tout 150€ …
      • Ce qui pour eux est déjà énorme !
      • Ouais c’est ça ! Moi je ne leur en veux pas, je ne me dis pas « Ah putain les rapaces ! », si ça se trouve ça leur coûte un demi smic, et puis si tout va bien ils vont peut-être se rentabiliser… c’est très dur. Maintenant les tournées c’est plein de groupes un peu importants qui tournent ensemble, soit des trucs ultra underground où les groupes perdent des thunes, soit c’est les festivals. C’est hallucinant le nombre de festivals qu’il y a maintenant par rapport à avant, t’en as toutes les semaines mais t’as quasiment plus de concerts isolés quoi, même si ça arrive encore bien sûr.

        MERRIMACK, Backstage Bratislava, 2014
        MERRIMACK, Backstage Bratislava, 2014
      • Et puis pour les concerts produits c’est souvent décevants quand on voit le peu de public …
      • Ouais et dans le metal extrême c’est quand même un public qui vieillit même s’il y a une petite relève et du coup, « Bah merde c’est jeudi soir, ah mais on travaille… » on le voit bien à Paris … Ca recommence depuis un ou deux ans, il y a un peu de relève de petits jeunes qui écoutent du black et les concerts recommencent à être peuplés mais il y a trois / quatre ans c’était … Moi je me souviens ça m’avait foutu le cafard : NIFELHEIM qui vient jouer à Paris genre un samedi soir pour la première fois il y avait 120 personnes et là tu te dis « … Ah ouais ! »
      • Oui alors que Paris pourrait draîner quatre ou cinq fois plus !
      • Voilà et milieu de semaine il y avait genre AMENRA, que j’adore aussi, et il y avait 300 personnes, même salle… voilà c’est des histoires aussi de mode… Mais là ça revient un peu, on l’a bien vu quand on a joué la dernière fois avec MALHKEBRE au Gibus, c’était organisé par une nouvelle assoc’ à Paris qui s’appelle Pavillon Noir qui existe depuis deux ans je crois, les mecs ont 25 ans… Et pour le coup il y avait 250 personnes, en plein milieu de semaine, ça restait ultra underground la tête d’affiche était HETROERTZEN, bon il y avait aussi OSCULUM INFAME… Là on s’est dit « C’est cool, ça repart » puis c’est bien d’avoir aussi de nouvelles orgas qui se motivent pour faire vivre le truc et ça on en a besoin !
      • Mmmh… Après les questions d’alcool : le pire catering que t’aies mangé ?
      • Bah, ça m’est certainement arrivé d’en avoir zéro alors de toute façon tu ne peux pas faire pire que le vide ! (rires) Mais du coup quand on a un bon catering on a l’impression d’être à l’hôtel trois étoiles juste parce que t’as un repas chaud qui n’est pas juste des pâtes qui ont été cuisinées il y a deux jours ! Non non il y a des festivals… Bah tiens là par exemple hier on a hyper bien bouffé ! Il y avait genre un civet de porc sauce champignons à la crème et puis t’avais du saumon cru… C’était fou j’en ai mon estomac qui … ! (rires) (ndlr : oui moi aussi vu ce qu’on mangeait sur le stand ce jour là uhuh!! Repas de midi étant constitué d’une tranche de pain et de pâté. Sûrement une tomate et une bière pour le luxe !) Sinon le plus classique qu’on retrouve c’est les premiers prix charcuterie, avec du pain surgelé machin et puis démerde-toi avec ça, des fois t’as quatre bières … Et parfois c’est absurde tellement il y en a et que personne ne finira jamais tout ça ! C’est la loterie à chaque fois. Bien sûr qu’on a un rider, on dit « Voilà, nous on aimerait bien une bouteille de Jägermeister, c’est suivi une fois sur… Mais je me souviens par exemple que le fest à Lyon, le Black Arts, ben eux pour le coup j’y ai joué avec MALHKEBRE, VORKREIST et MERRIMACK. Eh ben eux, chaque année, très bien reçus, plusieurs fois la bouteille de Jäger… ils te disent « Ben voilà nous ça nous importait de bien recevoir… » et ça les orgas oublient un peu que ça va participer au fait que … ben ta presta du soir quoi ! Parce que quand t’es méga vénère, que tu bouffes de la merde et de la Kro tiède, sans compter la moitié que tu dois te payer… Tu le fais parce qu’on aime bien ça mais c’est pas la même chose ! On en parlait hier avec les techos de scène qui sont super ici, c’était speed parce que le fest a ouvert en retard, machin… et du coup t’arrives, ils te disent « Bon bah faut speeder ! » mais tu sens qu’ils sont de ton côté et qu’ils t’accompagnent sur le truc ! En gros : c’est ce que me disait un des mecs qui s’occupent des scènes, à la base un artiste il est censé venir juste pour jouer tu vois, le reste, normalement, c’est les équipes techniques qui sont là pour décharger au maximum de toutes les contraintes techniques ! Donc voilà moi j’étais en train de mettre mes pédales, c’est un mec qu’est venu dire « Tiens est-ce que tu veux que je te fixe ça avec du gaffer ? » Voilà je ne suis pas obligé de dire « Hey machin est-ce que tu peux m’aider… », les mecs sont là, tac tac tac et tout, on était speed mais ils ne te mettaient pas la pression, « Voilà on y va, on a tant de temps » et du coup tu commences ton concert, t’es pas fébrile genre parce que tu penses à plein de détails techniques et tout d’un coup la lumière s’éteint tu fais « Rha ça y est maintenant faut que je switch et que je sois à donf ! » etc. Évidemment que non, ‘y a deux secondes t’étais en train de chercher un câble parce que tout le monde s’en branle et cinq minutes après t’es censé balancer ton set eh bah ouais c’est hyper dur de se mettre dedans alors que quand tout a été à peu près bien amené… Voilà c’est vraiment pas un truc de star genre on a envie d’avoir notre petit personnel, c’est vraiment pas ça c’est juste qu’on a quand même beaucoup de choses à gérer en très peu de temps quand on arrive sur scène , surtout en festival… Et puis t’as un moment où deux secondes avant t’étais genre La vie, tout ça… et puis tu te dis bon ben là on arrive pas juste et on fait de la guitare tu vois, on essaie de délivrer un truc qui nous habite, qu’il faut qu’on invoque et qui ne vient pas juste parce que, ça y est, t’as commencé ton concert ! Je ne suis pas possédé quand je suis en répèt’ parce que pour que ça vienne en moi sur scène il faut qu’il y ait de bonnes conditions, faut que je ne sois pas en train de stresser à me dire « Merde le son de machin, tel truc », « Si tout avait bien été fait… « , si l’ingé-son avait bien écouté ce que t’as demandé, que t’es pas là genre « Putain je ne m’entends pas »… Evidemment que tu ne peux pas être dedans tu vois, ou très difficilement.

        Allemagne, MERRIMACK / VORKREIST Tour, 2013
        Allemagne, MERRIMACK / VORKREIST Tour, 2013
      • Et les premiers fests ou gros concerts quand t’es un jeune groupe, alors peut-être ça remonte à quelques années, est-ce que t’as des galères de matos au début ? J’ai souvent eu les histoires de « J’arrive sur un gros fest, mes câbles sont beaucoup trop petits », ou tu restes dans le fond de la scène…
      • (Sourire) Ouais. Ca m’est arrivé, exactement ! Moi justement en plus j’avais zéro matos j’étais un peu le clochard du metal (rires) bon maintenant ça va… Mais ouais effectivement et tu sais les erreurs tu les fais une fois mais pas deux ! Quand tu fais ton sac avant de partir, tout ce que tu vois c’est toi dans ton appart en train de faire ton sac, sauf que quelques heures après ou le lendemain, t’es sur une putain de scène et tu te dis « Mais pourquoi j’ai pas acheté un jack neuf ? » genre tu le branches ça fait krrrrr, tu te sens comme la dernière des merdes, ou tu mets toutes tes pédales, tu vois qu’il y a un problème et c’est juste que t’as mal testé tes câbles … Ben voilà, après avoir eu des galères comme ça, le concert commence, t’es encore hyper stressé du coup tu mets longtemps à te mettre dedans… Maintenant j’ai même des petits rituels, je suis un anxieux en fait. Genre hier les mecs de MERRIMACK étaient encore en train de boire des bières etc., moi j’avais déjà lié toutes mes pédales, « ça ok je le mettrai là », j’ai besoin de ce truc là ! Parce qu’en fait il y a énormément de facteurs que l’on n’imagine même pas ! Bah là hier je n’y avais pas pensé : le soleil. Et ça a été très compliqué pour moi parce que j’étais sur le côté, avec le soleil dans la gueule et mon accordeur c’est des diodes, donc avec la lumière du soleil je ne les voyais pas, donc j’ai mis mille ans à m’accorder, enfin tu vois le stress, le truc tout con ! A un moment je ne savais plus où on en était, j’avais mis du temps à m’accorder, je me retourne : avec le vent ma set-list s’était retournée ! (rires) Enfin que des trucs comme ça… INCROYABLE le nombre de merdes que… Ah et à un moment je jouais avec un sans fil, deux fois, pendant une fraction de seconde mon son a sauté, tu te dis « Eh merde, qu’est-ce qui se passe ?! Est-ce que ça va se refaire ? Est-ce que je cours me mettre un jack ? » T’as tout ça qui te passe en tête alors que t’es en train de jouer, headbanger, regarder tel pote que tu reconnais dans le public, la meuf du premier rang qui headbang, euh, machin, les autres mecs du groupe… Donc ça saute, je joue et j’essaie de donner tout ce que j’ai… quatre-vingt mille informations en même temps, ouais en fait c’est beaucoup à partir du moment où t’es pas juste là pour jouer.
      • Les pires hébergements ? En dehors du van du coup ! Genre chez l’organisateur et c’est une catastrophe, ou au contraire… ?
      • Un bon exemple où y avait eu un malentendu, enfin bon peu importe je ne nommerai pas les gens, mais après un concert avec VORKREIST, on demande à l’orga « Bon bah et pour l’hôtel ? » Il fait « Hein ? Bah vous n’avez pas pris vos sacs de couchage ? » Et du coup on a dormi en chien de fusil par terre dans la salle comme des crevards juste parce que rien n’était prévu … Mais là maintenant, vu l’âge de nos artères et de nos vieux os, c’est un des premiers trucs qu’on regarde. Si tu veux j’avais eu cette discussion avec les mecs de MARDUK qui eux, bon ben voilà, quand ils arrivent sur un festival ils ne regardent pas du tout comment est la scène, le matos etc., ils vont directement voir c’est quoi la bouffe et où est-ce qu’on va dormir, le reste ils s’en branlent, enfin c’est secondaire quoi… Et je n’en suis pas à ce point là mais je comprends en fait, au début tu te dis « Ah c’est quoi ces vieux blasés ? » Et après tu te dis « Ah bah oui en fait… »

        VORKREIST, Hellfest 2015
        VORKREIST, Hellfest 2015
      • C’est ce qui va te permettre d’enquiller les autres dates aussi ! Comme on disait, l’accueil mine de rien ça fait beaucoup !
      • Exactement ! On n’est pas des clodos ! Et puis c’est pareil, quand t’as quelqu’un qui fait l’effort… Tu vois ça dépend des groupes : MERRIMACK on n’accepte pas de dormir chez les gens, mais avec VORKREIST on s’en fout un peu … Mais quand t’arrives et que le mec, bon tu vas dormir sur des matelas et tout mais bon le mec il t’accueille, il a sorti les bouteilles pour faire une after, il te fait à bouffer, le petit déj etc. tu te dis « Bon bah c’est super ! », voilà, il n’y a rien à demander de plus… Mais le pire c’est quand t’es devant le fait accompli en fait « Ah mais oui mais on s’est mal compris… »
      • Ouais t’as pas le temps de rebondir !
      • Ben t’es là t’façon ! T’es à 10 000 bornes de chez toi tu fais « Bon ben voilà… », des fois les salles de concerts ne sont pas du tout en ville mais au milieu de nulle, tout le monde est bourré en plus donc on ne va pas partir à l’aventure, à la recherche d’un hôtel quitte à le payer… Mais ça fait longtemps que ça ne nous est pas arrivé un truc comme ça.
      • En parlant de « au milieu de nulle part », jamais de GPS qui lâche ? De détours de plusieurs heures ?
      • Non ça, ça va.
      • De personnes oubliées sur les aires d’autoroute ?
      • Ca je me suis dit que finalement je ne le raconterai pas en fait. (rires) C’est arrivé mais je n’en dirai pas plus…
      • Quand t’as commencé tes groupes, tes premières répèt… La plupart commencent par faire des reprises et trucs comme ça, si t’en as fait ce serait quoi tes trois premières reprises ?
      • Bah moi mon premier groupe de lycée c’était un groupe de reprises. Et c’était GUNS, NIRVANA… Ouais à cette époque là, 95′, euuuuh… Ouais j’avais quelques compos, très vite je me suis senti de composer mais bon c’était pas très abouti du coup on faisait beaucoup de reprises et on commençait genre avec une de SMASHING PUMPKINS, on finissait par Towards the pantheon d’EMPEROR (rires) en passant par … Born dead de BODY COUNT, un morceau de BURZUM, Vampiria de MOONSPELL et une chanson que l’ancien guitariste avait composé sur du cannabis. Voilà, c’était très très varié ouais (rires) J’avais 15-16 ans… Après dés que j’ai commencé dans des groupes de black on ne faisait pas de reprises, ça arrivait mais très vite je me suis mis à la compo.
      • … Je vais voir la fin de NIFELHEIM et ensuite je vais voir DEAD CONGREGATION en entier ! (Guillaume)
      • Ouais vas-y ! Et après par rapport à … Merde j’ai perdu le fil… 
      • Parce qu’en fait… Attend je surveille l’heure parce que dans dix minutes maximum faut que j’y aille parce qu’on a une interview aussi de MERRIMACK là-bas donc…

        MERRIMACK, Fall of Summer 2016. Pic de Camille Fabro Photography, pour Shoot Me Again Webzine
        MERRIMACK, Fall of Summer 2016. Pic de Camille Fabro Photography, pour Shoot Me Again Webzine
      • Ok ! Alors juste en gros, DECLINE OF THE I, c’est toi qui pense à tous les arrangements, toute la compo… Pour arriver à retranscrire toutes tes idées, est-ce que tu fais appel à d’autres zicos, est-ce que c’est toi qui t’es auto formé en Do It Yourself pour caler plein de trucs… Comment tu travailles ?
      • Alors DECLINE OF THE I je fais vraiment tout, alors je ne suis pas bon batteur mais je programme la batterie et après je demande à un batteur de la refaire. Alors ça c’est un peu mon côté contrôle-freak mais là pour le prochain je pense que toutes les parties de batterie seront composées mais avant j’étais au roulement près tu vois, à dire « Ah c’est tel roulement, maintenant c’est la ride etc. » là je vais donner un  petit peu plus de latitude même si j’ai du mal, sinon non je fais absolument tout. C’est-à-dire que je passe ma vie à ça ouais, j’ai toujours un carnet sur moi et je note « Ah bah tiens, tester la reprise de tel riff mais avec tel son de clavier, tester un sample avec un truc de drum’n bass, du coup oui j’ai quelques bases de mix, MAO etc.. A part pour mon autre projet WAITING FOR MY END mais qui sonne black suicidal, donc un peu cru, où là pour le coup j’ai tout fait : son, mastering, je chante, je fais tout…
      • Donc ça c’est ton ENIEME …
      • Projet solo ouais ! Qui va sortir bientôt.
      • T’as un plan de label là-dessus ?
      • Ca va sortir chez Atavism. Et voilà du coup j’y pense en permanence, j’arrive, ça prend du temps mais … Ouais je piste un peu … Des fois je vais avoir un riff ça va venir très vite etc., et des fois j’ai une sorte de … Comme un truc sur le bout de la langue, je me dis « J’ai pas encore trouvé l’arrangement » parce qu’il y a beaucoup d’arrangements dans DECLINE OF THE I qui sont très très travaillés même si à la fin ça va être deux notes mais en général s’il y a eu deux notes c’est que j’ai fait vingt essais de vingt trucs différents… Et des fois du coup il n’y en a plus d’ailleurs parce que « less is more » comme on dit et que du coup maintenant j’arrive à être un petit peu moins anxieux, à me dire que je vais être un petit peu plus voluptueux et que je vais accepter de faire un truc un petit peu plus dépouillé. J’ai en permanence ce truc de réfléchir à ça et surtout quand je suis sur un morceau… C’est pas une métaphore à la con de dire qu’on accouche d’un truc parce que c’est vraiment quelque chose que tu portes, qu’est même un peu lourd et que tu as besoin d’expulser à un moment et donc c’est un vrai travail d’arriver à trouver le truc ! Et moi tout ce que je cherche c’est de sentir… ouais, juste « C’est ça ! », c’est un peu magique comme moment parce qu’au fond c’est ça mais ça pourrait être autre chose, et il se trouve qu’il y a un moment où je m’arrête et où je me dis « En fait c’est ça ! »
      • Ouais c’est un long processus sur lequel tu restes plusieurs mois pour arriver à finaliser un album…
      • Ouais, et des fois, c’est incroyable ! Parce que tu peux galérer des mois littéralement sur un passage et puis des fois je vais faire un morceau en trois jours parce que j’ai une sorte de Kairos où tout est cohérent, dés que je fais un truc tu vois ça va tout à fait avec celui que j’avais et ces moments là sont mes moments préférés au monde quoi !

        DECLINE OF THE I - Rebellion Promo Shoot par Davit Fitt
        DECLINE OF THE I – Rebellion Promo Shoot par Davit Fitt
      • Après j’avais deux questions qui sont relativement rapides puis on peut finir sur la question des actualités comme ça je te libère ! Par rapport à Saint Vincent qui a été recruté dans VOKREIST comme chanteur, assez récemment du coup, moi je trouve qu’il a un chant vraiment aliéné et maladif qui colle bien à ce que vous faites avec VORKREIST, il n’y a pas trente-six chanteurs comme lui, est-ce que c’est une espèce de fierté de l’avoir récupéré, est-ce que c’était un des premiers auquel vous ayez pensé ?
      • Ca a été essentiellement un truc d’amitié parce qu’on est très très très amis et que quand notre chanteur s’est barré ça nous paraissait assez évident en fait. Après c’était pas gagné parce qu’on ne savait pas trop si ça allait le faire, moi j’adore le résultat parce qu’on garde ces bases death metal un peu old-school mais effectivement il rajoute ce côté… Ouais malade quoi !
      • Je me souviens que sur « Onwards to the end » ça m’avait pris aux tripes !
      • Voilà exactement ouais, alors que c’est un morceau très catchy qui pourrait être joué de façon… Presque black thrash, voilà, la fête, et il en a fait un truc un peu sale et tout… Ouais ouais.
      • Après, autre question, MALHKEBRE et SEKTARISM par exemple, il y a de la tape qu’est sortie, j’ai vu que dans d’autres interviews on t’a déjà posé des questions relatives au marché du CD, la chute des ventes en lien avec internet etc., qu’est-ce que toi tu penses du format de la tape ? Est-ce qu’il y a une espèce de nostalgie comme toi tu as connu les années 90’s où t’avais ce truc de copie et d’échange des K7 pour découvrir des groupes ? Ce format, maintenant, comment tu le vois ?
      • Alors oui au début je le voyais un peu malicieusement mais je comprends maintenant, je comprends qu’il y ait plein de mecs qui achètent des tapes même s’ils n’ont pas de quoi les écouter parfois ! Moi voilà le truc c’est que, je l’ai dit à plusieurs reprises, moi je fais de la musique je ne fais pas des disques, donc en fait le support n’est pas essentiel, je sais très bien que ce n’est pas du tout la doxa dans ce milieu là ! Moi je suis très content que MALHKEBRE et SEKTARISM il y ait plein de trucs, je suis content de les avoir si tu veux, je le fais mais pour le coup moi je vois en fin de compte le mp3 etc. comme un moyen de diffusion… En fait, j’en viens même à une sorte de prémice métaphysique qu’est la musique pour moi, c’est-à-dire de l’immatériel, donc en fin de compte, quelque chose qui n’est que substance, en tout cas non une substance tangible, moi ça me va en fait. Et je sais que c’est un peu iconoclaste…

        Prochain album de MALHKEBRE
        Prochain album de MALHKEBRE, enregistré durant l’été 2016, avec Junior Rodriguez
      • Non mais c’est assez intéressant, ça change ! Allé dis-moi juste du coup pour VORKREIST, MERRIMACK… Qu’est-ce qui est à venir ?
      • Alors j’ai beaucoup de trucs sur le feu ! Je bosse pour le 3ème DECLINE OF THE I qui est à venir, MERRIMACK est quasiment terminé on va chercher un label. MALHKEBRE on a enregistré cet été ça devrait sortir début 2017, SEKTARISM on devrait sortir coup sur coup deux albums dans les deux années à venir. Je vais bosser sur le prochain ORDER OF APOLLYON où je vais faire la basse, j’ai l’album de WAITING FOR MY END qui va sortir chez Atavism bientôt eeeet… je ne sais pas si j’oublie quelque chose…
      • Pas de tournée à venir sur fin 2016 / début 2017 ?
      • Non là c’est vraiment les albums à fond !
      • Bon ben je te libère, dix minutes c’est short pour aller à l’autre bout du fest >
          ***

Pour aller plus loin :Interview pour DECLINE OF THE I très intéressante, assez axée philo / métaphysique / Arts, mais toujours en lien avec la musique :http://www.radiometal.com/article/decline-of-the-i-la-vie-ne-suffit-pas,194794

Et interview filmée par Scholomance Webzine (que je ne connaissais pas avant) dispo sur youtube  :

En live, MERRIMACK au Summer Breeze Open Air de 2013 :

Une track du dernier EP en date de VORKREIST sorti chez Agonia Rec.:

Pic de Flo Syr, MERRIMACK, Fall of Summer, 2016
Pic de Flo Syr, MERRIMACK, Fall of Summer, 2016
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